16Oct

MASA 2020 « l’une des innovations serait une ouverture plus évidente sur le Hip-hop » dixit le Pr Yacouba Konaté

Le Marché des arts du spectacle d’Abidjan (MASA), après l’édition de ses 25 ans en mars 2018 est déjà sur le chantier de la réussite de l’édition prochaine qui se tiendra du 07 au 14 mars 2020 à Abidjan. Rencontré à Tunis dans le cadre des Journées Musicales de Carthage, le Directeur général du MASA, Pr Yacouba Konaté nous parle du bilan de l’édition passée mais lève surtout un coin de voile sur le contenu de celle prochaine. Le Hip-hop dans tout son ensemble, les arts du cirque et de la marionnette auront une place de choix dans la programmation de la biennale de 2020. Lisez l’exclusivité…

Au lendemain du MASA 2018, que peut-on retenir comme bilan ? Satisfécit ?

Il y a globalement satisfécit, dans la mesure où les objectifs sont globalement atteints. C’est une édition qui voulait faire signe en particulier à la jeunesse et aux enfants parce que, vous le savez, l’Afrique est un continent jeune puis, de jeunes, de plus en plus et notre souci c’était de mieux présenter le MASA à la jeune génération. C’est pour cela qu’à la différence des autres éditions nous n’avons pas fait seulement une seule journée dédiée aux enfants mais trois. L’autre chose aussi qui nous permettait de communiquer aux enfants c’est des lectures scéniques que nous avons organisées avec des séances de slam dédiées aux enfants où d’ailleurs on n’a refusé les autres catégories de public car on a bien parlé de « jeune public ». Le matin c’étaient les lectures scéniques et le slam avec les professionnels invités qui performaient et, les après-midi, ils allaient dans les écoles initier les enfants à cette forme de poésie qu’on appelle populaire -mais vous savez la poésie quand elle est bonne elle est bonne.

On est également satisfait de la maîtrise du marché, c’est-à-dire les show-cases, les speed meetings se sont très bien passés. Mais là où il y a eu beaucoup d’incompréhensions et on essayera d’apporter des correctifs, c’est par rapport à l’affluence du public sur certains spectacles de musique. En réalité, nous avons pris le parti de ne pas inviter les stars puisque la vocation première du MASA ce n’est pas d’inviter de trop grandes stars (au regard de notre budget, on ne pouvait pas se le permettre non plus) mais de promouvoir des artistes talentueux émergents et ces derniers étant en quête de popularité ne drainent pas systématiquement du monde. Mais il y en a eu quand même qui ont tiré leur épingle du jeu au palais de la culture comme les 10 Volts du Bénin et d’autres qui ont connu une grande audience. A la soirée de clôture aussi, avec les groupes du Zouglou, il y a eu du monde.

Evidemment, il y a beaucoup de choses à corriger car comme on le dit, « c’est celui qui a porté la chaussure qui sait combien ça serre ». Donc après chaque édition nous nous réunissons à plusieurs niveaux pour essayer de voir comment arriver à mieux maitriser la manifestation parce que je dois vous dire que le MASA est un peu victime de son attractivité. Il y a beaucoup de gens qui viennent mais qui se signalent juste au dernier moment donc il y a eu un peu de tension dans la programmation mais on s’en félicite. Professionnels et journalistes ont massivement répondu à l’appel même si cette fois-ci il fallait qu’ils payent au moins leur billet de transport. Mais malgré cela sans compter les journalistes ivoiriens, il y a eu 102 journalistes internationaux. Je pense que le bilan est globalement satisfaisant.

Et votre présence sur des rencontres comme celle-ci, c’est-à-dire les Journées Musicales de Carthage (JMC) profite en quoi au MASA ?

C’est pour renforcer les partenariats que nous avions déjà signés. Voir quelles sont les lignes de collaboration sur lesquelles on peut se retrouver pour que nos manifestations respectives soient plus attrayantes et mieux gérées et que la question des échanges permette de mieux faire circuler les groupes artistiques entre nos différents festivals et différents pays.

Votre présence sert-elle aussi à repérer des artistes ou des spectacles sans doute.

L’une des innovations qu’on pourrait introduire serait une ouverture plus évidente sur le Hip-hop

Oui, repérer on le fait. Par exemple, j’ai échangé avec un jeune homme qui travaille dans l’électro et cette tendance musicale est entrain de se développer dans nos pays. Et nous pensons que la prochaine fois, l’une des innovations qu’on pourrait introduire serait une ouverture plus évidente sur le Hip-hop pas seulement en tant que musique mais en tant que culture. On fera aussi des partenariats avec des lieux de diffusion de ce genre de musique pour que l’électro puisse compter dans la programmation du MASA prochain. On l’a fait un peu l’édition passée mais on va le faire de manière plus évidente l’édition prochaine. Donc notre présence ici c’est de rencontrer des professionnels et d’avoir un peu plus de dossiers de cette partie de l’Afrique qui est l’Afrique du Nord parce que le MASA est totalement panafricain et nous sommes préoccupés d’avoir des participants de toute l’Afrique et en dehors d’Afrique. Parce que le fait qu’on soit passé d’un MASA qui était labélisé Marché des arts du spectacle africain à Marché des arts du spectacle d’Abidjan, ça nous autorise plus facilement à programmer des spectacles qui ne sont pas africains mais qui font des choses qui parlent à l’Afrique.

Y a-t-il d’autres perspectives que le changement de nom apporte ?

Nous sommes heureux aujourd’hui que le budget du MASA soit apporté disons à 70% par la Côte d’Ivoire

La première perspective que ceci apporte c’est que désormais les pouvoirs publics africains et ivoiriens savent qu’ils doivent apporter de manière plus évidente leur soutien au MASA et en temps opportun. Il faut vraiment comprendre l’histoire du MASA. Le MASA au départ ce n’était pas parti pour rester à Abidjan, c’était un concept itinérant. Et par la force de conviction que les autorités politiques et culturelles ont développée, ajoutés aux succès engrangés par les premières éditions, tout le monde a dit que ça mériterait de rester ici. Nous sanctionnons sur cette histoire parce qu’après 25 ans il faut faire le point et dégager de nouvelles perspectives. Et nous sommes heureux aujourd’hui que le budget du MASA soit apporté disons à 70% par la Côte d’Ivoire, c’est-à-dire les institutions ivoiriennes, l’Etat, le district d’Abidjan. L’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) continue de nous soutenir et nous même en tant que Direction générale du MASA faisons beaucoup de lobbying pour rechercher des partenariats qui commencent vraiment à apporter les compléments qui nous permettent de mieux maitriser l’événement et le terminer sans dette. Par exemple, le MASA, moi, j’en ai organisé 3 maintenant mais je peux dire que l’édition 2018 est la première fois où je sors de cet événement sans dette. Tous les organisateurs de festivals vous diront que c’est pratiquement impossible d’organiser un événement comme celui-là et de ne pas sortir endetté. Mais cette année, pour plusieurs raisons, on a réussi à le faire.

Quant au visage de la programmation en 2020, les arts de la rue continueront-ils par gagner de la place ?

on va consolider cette place des arts du cirque et ceux de la marionnette pour que le patrimoine africain qui était un peu en latence dans ces domaines-là soit réactivé

Les arts de la rue, on avait commencé à les introduire en 2014 mais timidement, et cette année été vraiment l’explosion, on en est heureux du résultat global et je pense qu’il faut continuer. Je peux même vous dire qu’on a été contacté par l’Unima (Union internationale de la marionnette) la section Afrique qui nous a informés que le bureau mondial aimerait venir au MASA pour faire son congrès à l’occasion de l’événement. Malheureusement les dates ne coïncident pas tout à fait mais nous sommes en pourparler avec eux pour voir comment on pourrait faire une sorte de grosse lucarne sur les arts de la marionnette dans des cérémonies qui seraient plus festives. Donc on va consolider cette place des arts du cirque et ceux de la marionnette pour que le patrimoine africain qui était un peu en latence dans ces domaines-là soit réactivé et que les écoles de cirque qui existaient au Togo et qui ont donné un résultat complètement flamboyant, qui existent en Guinée qui sont au top niveau aujourd’hui puissent s’exprimer ; que ça puisse inspirer chacun des pays afin que chacun comprenne qu’aujourd’hui il y a un nouveau rapport de spectacle qui est que le spectacle ne va pas se donner seulement dans les salles mais peut se passer aussi dans l’espace public.

Nous sommes aussi entrain de réfléchir à une forme de festival à la fois plus populaire et plus unitaire. Parce que le MASA est un marché mais c’est aussi un festival et, comme vous l’aviez constaté, les lieux du festival sont éclatés dans la ville. Ce qui crée une multiplicité de scènes qui coûtent beaucoup d’argents ; ce qui crée aussi un éclatement des centres d’intérêt. Les réflexions dans ce sens se poursuivent et je ne pourrai par en dire davantage. Ce qui en revanche est vraiment sûr est qu’on va continuer à donner aux arts du cirque et de la marionnette une place évidente. On va également concevoir un espace intégré aux jeunes, en montant d’un cran par rapport à l’édition dernière où c’étaient les plus jeunes. Maintenant on va intéresser les adolescents, tout en conservant le programme des plus jeunes. Mais le Hip-hop, ce n’est pas seulement les adolescents, ça peut aller jusqu’à 40 ans. On veut vraiment créer un espace pour montrer que le Hip-hop n’est pas seulement de la musique, c’est une culture plus globale. Il y aura le retour de quelques têtes d’affiche pour garantir l’audience populaire qui nous a fait un peu défaut.

Le théâtre et la danse auront quand même leur place !

Evidemment ! Pour le théâtre, le conte, la danse, nous avons réfléchi à un type de programmation qui va cibler sur des espaces plus appropriés parce qu’on s’est rendu compte que ces disciplines fonctionnent très bien dans une salle de 300 places mais quand vous les mettez dans une salle de 1500, ça ne peut pas marcher. Donc nous travaillons avec les responsables des commissions pour voir comment trouver une synergie à l’intérieur de la ville d’Abidjan, faire des passations de marché, si j’ose dire, pour que les théâtres (espaces dédiés à la diffusion de spectacles de théâtre, Ndlr) qui existent au quotidien puissent se réapproprier une partie de notre programmation.

Nous allons conclure cet entretien

Il faut que tout le monde arrive à l’évidence que la culture et les arts sont des domaines à part entière qui contribuent au développement. Ils ne contribuent pas au développement sans que les disciplines ne soient développées chacune à l’intérieur d’elle-même. Donc il ne faut pas considérer que la culture est une discipline qui doit être servie ; qu’on doit mettre à contribution pour faire de la propagande politique mais que ce qui compte, c’est la créativité, c’est l’originalité, et puis notre capacité à brancher des économies performantes sur chacune de ses disciplines. C’est un peu l’une des responsabilités du MASA mais c’est une responsabilité que nous avons à partager avec tout le monde car ce n’est pas les festivals seuls qui vont apporter le développement culturel que chacun est en droit d’espérer.

Réalisé par Eric AZANNEY

Pour postuler au MASA 2020 allez à http://www.fr.masa.ci/masa-2020-appel-a-candidatures-aux-groupes-artistiques-conte-danse-humour-musique-theatre

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