12Mar

« La Danseuse Sakpata » ou le clair obscur réel/ irréel

La littérature, quoique se renouvelant à la plume de nouvelles générations et relativement aux réalités du temps et du milieu, semble chez certains créateurs, devoir toujours au classique. Rodrigue Atchahoué, Jeune écrivain bénionois, nous  propose avec les Editions Tamarin,  La Danseuse Sakpata, un recueil de nouvelles. Du fond des trames puisant dans des réalités de chez l’auteur, on peut flairer du Fantastique.

Comme le titre peut déjà l’évoquer aux oreilles averties, Sakpata est une divinité. La divinité de la terre comme « Mami watta » celle des eaux. Et la Nouvelle éponyme (La Danseuse Sakpata) en donnera les couleurs par l’histoire de ce régime totalitariste d’un Général-Président qui façonne son invincibilité au gré de pratiques occultes, de sacrifices humains et de barbaries surtout sur de jeunes filles pucelles. Mais il aura le malheur de tomber sur une adepte de Sakpata. Avec son premier Ministre le Colonel, le Général-Président sera le gibier de chasse de personnes armées –des proches de victimes- qui ont fait une descente musclée à la présidence. Après son aveu, le « voleurs », « violeur » est avalé par la terre et son acolyte, le Colonel sera possédé par vodoun Sakpata et deviendra adepte de la divinité, pour pénitence, sans doute. Les autres Nouvelles de ce recueil ne font pas moins part de la présence du surnaturel. Que ce soit dans « Koussi » où la jeune fille connait une mort assez mystique et fera parler d’elle depuis l’au-delà, par une jalousie posthume en ôtant la vie à sa sœur qui s’est entichée de son amour. Ou « Le monstre de Somaha » qui fait part de l’aventure d’un petit garçon qui a échappé de peu à la mort grâce à Hounnon, une initiée aux pratiques du charlatanisme, pour avoir découvert le secret du dieu le monstre de Somaha. Dans « Mon amour de minuit » où un jeune-homme passe des nuits d’amour avec une fille à la beauté éblouissante toutes les nuits depuis qu’il a fait sa connaissance jusqu’au jour à il apprend que la fille était déjà morte et son enterrement programmé. Ou encore dans « Le dernier baiser », l’histoire de Tinhou qui finit sa course sous les pneus d’un camion dix-roues, à la faveur d’une hallucination. Il serait poursuivi par Houévi (canif en main) sa compagne dont il venait d’assassiner la sœur jumelle. Il sortait avec les deux simultanément. Toutes les nouvelles de ce recueil voguent dans le clair-obscur réel/irréel. Il faut aller découvrir « Queue de varan », « Les ailes du vent », «Le pipi d’un dieu » et « La corde du pendu ».

Entre sacré et fantastique

La danseuse Sakpata est un recueil de neuf nouvelles aux relents aussi mystique qu’apocalyptique. Les petites inattentions de l’auteur qu’on pourrait croire déceler dans les trames seraient le fait du genre en face duquel on se retrouve. Les retournements subits de situations qui compliquent tout sans pour autant admettre l’intervention d’un Deus ex machina. Rodrigue Atchahoué s’est servi pour fil d’Ariane la littérature fantastique aux fins de puiser dans la tradition africaine et ou béninoise. La vie réelle avec déjà tout le sacré que requièrent certains milieux, certaines pratiques et les déconvenues que peut subir toute personne contrevenante. La croyance à l’existence du surnaturel peuvent donner tout leur sens à ces récits combien fabuleux. Mais quoi d’autre peut amener un jeune auteur de notre ère à porter sa plumes dans les traces de celle des auteurs du XIXème siècle, à l’instar de Guy de Maupassant, Edgar Allan Poe, etc. ? Peut-être pour se classifier dans la littérature Jeunesse ?

(Rodrigue Atchahoué, La Danseuse Sakpata, Nouvelles, Cotonou, Tamarin, 2014, 147 p.)

                                                                                     Par Eric AZANNEY

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