12Mar

« Odalisques » : l’entreprise littéraire sur fond humanitaire

Odalisques. C’est l’intitulé de l’anthologie de poésie (coordonnée par Valère Vignigbé et publiée chez Tamarin) qui présente de jeunes plumes dont la sève paraît, pour le moins, bien nourrie.  Ils sont sept. Ils sont sept comme les jours de la semaine. Sept comme le symbole de la femme. Et ils enfantent l’espoir dans un monde autour d’eux qui parait s’effondrer.

Daniel Atrévi qui décident d’embarquer tout le monde pour le Mali « Il faut aller au Mali ­[…] Nous irons sarcler les cœurs Et nous chanterons matin Pour adoucir les souffles flétris et rongés […] Il faut aller au Mali Genou fléchi Nous extirperons de leurs entrailles le souillé sang Pour inséminer le sang d’amour Et leur dire merci » p.20. Les intentions et objectifs sont clairs. Valère Vignigbé  lui-même viendra le préciser, tel en mot d’ordre, ou ligne éditorial « […] Douleurs séculaires image des rides du temps. Douleurs mutilées dans le mutisme unanime d’ossements mort-nés […] Et l’histoire tire son cou. Et hier Hitler vécut. Et Khadafi fut amputé, trempé de ternissure […] Et on prie d’yeux ces fils du Tchad défrichés à Gao […] Et le ciel verse son averse lacrymale des temps aveugles à perte de vies pour conjurer la traîtrise des tertres encore saufs. Et l’histoire raconte encore au compte-gouttes le sombre conte éternel […] Que le dire se vête de nos voix pour hurler la VOIE de la nouvelle renaissance humaine ! » pp. 25-26.

Noé Cham Sémanou, lui, se voit obligé de jeter des « cris » (p.35) d’espoir pour sa terre « […] Elle est demeurée telle, terre peinte au pied du lac, teinte au rouge des sueurs Colline de latérites stérilisée par les morsures répétées des alizés » p.41. Et peut-il exister un monde sans amour ? Une vie sans amour réciproque ? Djamile Mama Gao se posera des questions : «  Ma nuit est une salissure accablante. Sur les épaules du noir Je laisse en cavale mon âme noircie par la douleur. Qu’ai-je feint pour aimer sans l’être ? […] A quand ma rédemption ? » p.69. Rodrigue Atchahoué comme en réponse donne à lire un texte assez cadencé avec le champ lexical d’une nouvelle vie que confèrent les mots « soleil, menstrues, peintures, laine, cœur, honneur, vie, amour, sang » (p.59) qui s’alternent et reviennent tel un refrain, pour suggérer, sans doute, la nécessité d’une renaissance, d’un renouvellement des manières de penser, d’être et d’agir. Et il faudra le subir le plus tôt car comme le stipule Yves Modiano Biaou « […] le temps est contre toi comme le tableau contre le mur… […] Regarde tes cheveux blanchis… […] » p.48. Les initiatives entreprises sont généralement confiées à Dieu, pour les chrétiens et, à Allah, pour les musulmans. En bon africain, Ismaël Ichola, lui, invoque ses « ancêtres ». « […] Ancêtre des quatre vents ! Les souffles de minuit ont apporté  vos soupirs à l’enfant odudua Les haleines de l’océan ont porté vos plaintes aux confins du néant La fièvre de vos cœurs ne s’est égarée dans la cheminée du temps […] » pp.80-81.

…Au gré de l’esthétique

Ils se sont levés bien tôt, ces poètes. Ils ne tâtonnent pas pour autant. Le préfacier Camille Adébah Amouro parlera de « culot » et Constantin Amoussou de déclarer dans sa postface : « Voici la génération Antée à laquelle mère Gaïa prophétise immortalité, sur terre, et pas seulement. Dans les airs aussi. ». Chacun dans son souffle -mais on eut dit un seul pour toute l’œuvre-, cette poésie est de la trempe de celles qui communiquent des émotions. Avec le chevauchement des mots (puisque les maux aussi se chevauchent), l’esthétique des images qui proviennent de la musicalité des vers, c’est un double projet qui profile à l’horizon. En sus de celui qui consiste à prôner l’espoir, voici celui de l’esthète dont chacun d’eux répond dans son écriture. Tout en faisant remarquer du style aussi bien rimbaldien, baudelairien que césairien …, les textes de chacun des sept poètes ont leur originalité. La liberté dans l’écriture en est pour quelque chose. Pas de versification ni aucune règle des formes fixes. Pour libérer sans doute les Odalisques dont les propriétaires ne subiront plus l’ordalie.

(Sous la coordination de Vignigbé Valère, Odalisques, Anthologie de poésie, Cotonou, Tamarin, 2014, 92 p.).

  Par Eric AZANNEY

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