12Mar

Bénin- Senami Donoumassou à propos de son concept de valorisation d’un patrimoine: « Autour du awalè, il y a des alliances qui se nouent, des problèmes qui se règlent »

Plasticienne béninoise, Senami Hermance Donoumassou est une jeune artiste qui travaille beaucoup sur le patrimoine béninois et africain. Dans  le but de ressusciter quelques composantes de ce patrimoine, elle a organisé un atelier intitulé « Faisons notre awalè » avec les enfants. Au cours de cet atelier dont la première partie s’est déroulée le samedi 10 mars au Centre de Lobozounkpa, l’artiste nous a parlé des raisons qui l’ont poussées  à organiser cet atelier

Parlez-nous de l’atelier « Faisons notre awalè »

L’atelier « Faisons notre awalè » consiste à réaliser avec des enfants un awalé géant encore appelé ‘’Jeu de Adji’’ chez nous. Je considère le awalè comme un monument du patrimoine ludique béninois  et africain. Mais, ce jeu disparaît et il est important que les enfants connaissent . Le but est de faire découvrir le awalè aux enfants et les amener à travailler avec des pneus et des canettes pour leur montrer qu’on peut récupérer et utiliser des objets autrement.

Parmi les jeux en voie de disparition, pourquoi aviez-vous choisi spécifiquement le awalè ?

Mon choix s’est porté sur le Awalè parce que c’est un jeu qu’on retrouve même au niveau de la royauté surtout dans beaucoup de royaumes de l’Afrique de l’ouest. C’est un jeu de stratégie qui est très intéressant, qui fait appel à beaucoup de réflexion et au cours duquel on apprend à gagner son adversaire. A Porto novo, j’ai eu à travailler sur le festival ‘’Eclosion urbaine’’ dont le but est la rénovation du patrimoine Vodoun. L’année passée, le thème était  ‘’Jeunesse et patrimoine’’ et moi j’ai pris le Awalè. C’est un jeu qui se joue en groupe. Autour du Awalè , il y a toujours des discussions qui se font, des alliances qui se nouent, des problèmes qui se règlent. En plus d’être un simple jeu, c’est un jeu qui permet de régler des conflits sociaux parce qu’autour de ce jeu, on se parle, on se dit des vérités et c’est pour ça que j’ai décidé de travailler sur le Awalè.

Pourquoi n’avez-vous pas choisi un modèle normal du Awalè pour le montrer aux enfants ?

Il est vrai que j’aurai pu simplement venir avec un simple Awalè et leur montrer comment ça se joue. Mais, je voulais que les enfants découvrent le travail artistique, qu’ils touchent la peinture pour voir comment l’artiste procède dans la création. Ainsi, ils comprendront qu’une simple canette à la maison peut servir à quelque chose et commencer à penser récupération. Ensemble avec les enfants, on va réaliser le Awalè et ils  pourront venir jouer à n’importe quel moment avec leurs amis.

En plein atelier / Photo DR

Comment s’est déroulé le travail ?

Comme vous le voyez, la première partie a eu lieu aujourd’hui et a consisté à la peinture de douze pneus qui vont servir des cases du Awalè et la peinture de quarante huit canettes qui vont servir de boules du Awalè encore appelé « Adjikouin ». Nous avons mis de la peinture jaune sur les pneus pour signifier la jeunesse et pour ne pas que notre Awalé reste inaperçu car le jaune est attirant. Puis, nous avons peint les canettes en vert parce que c’est la couleur des boules du Awalè. Le samedi prochain, nous allons remettre une autre couche de jaune sur les pneus pour harmoniser et enfin, mettre les motifs tout autour afin de différencier les deux camps qui vont jouer. Dès que ce travail sera finalisé, on fera une petite partie sur un Awalè normal. Nous allons leur expliquer la stratégie et la règle du jeu. Ainsi, ils comprendront mieux de quoi il s’agit et le reproduire sur le géant Awalè.

Vos attentes sont elles comblées par rapport à l’engouement des enfants ?

Oui je suis très contente, les enfants sont venus massivement et ils étaient très intéressés par le travail. Toucher la peinture était quelque chose de très beau et nouveau pour eux. Ils étaient très contents de peindre eux-mêmes les pneus et les canettes. Je pense qu’ils vont trouver le Awalè encore plus intéressant quand nous allons finaliser le travail la semaine prochaine et passer au jeu proprement dit. Ils ont participé  eux-mêmes à la création de ce jeu et ils vont beaucoup en bénéficier.

Photo DR

Quel autre jeu pourriez-vous leur proposer à l’avenir ?                     

A l’avenir, on peut organiser un atelier de cerf volant parce qu’il s’agit également d’un jeu qui est en voie de disparition. Les enfants ne savent pas ce qu’est un cerf volant et comment le fabriquer. Alors que c’est une chose qu’on peut fabriquer et s’amuser juste en faisant de la récupération. Le fait que les enfants comprennent le concept de la récupération peut déjà éveiller en eux la créativité. Ils comprennent qu’un objet usé peut servir à la confection de quelque chose de nouveau. Il n’y a pas que les jeux technologiques. Ils peuvent avec les dix doigts réaliser plusieurs choses et s’amuser. Quand on est enfant, il est important de jouer avec ses doigts.

Votre mot pour conclure

Il ne faut pas oublier d’où l’on vient. Il faut par moment faire un tour dans notre patrimoine  pour se remémorer car on ne peut pas tout perdre. Il y a des choses de notre patrimoine qu’on se doit de sauvegarder et le awalé en fait partie. Je voudrais simplement dire « retournons au Awalè »

Propos recueillis par Nicaret AMADIDJE

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