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En prélude à la 7e édition des Rencontres internationales des arts de l’oralité, le comédien conteur et metteur en scène Patrice Toton, accompagné de son équipe, a donné le 28 octobre à l’institut français de Cotonou le spectacle « Tempête d’histoires ». Du conte assaisonné d’arts de la rue et d’autres arts vivants de la scène. Une coproduction de l’association Katoulati et de l’institut français du Bénin.

« Tempête d’histoires » est un spectacle vivant et multidisciplinaire qui fait passer au public 1heure 15 minutes en un éclair. « C’est simplement magnifique ! C’est en cohérence avec ce que je pense de ce groupe que j’ai découvert en 2012 quand je vivais encore en France. Ce matin, en sortant du conseil des ministres pour me rendre au bureau, j’ai vu l’affiche devant l’institut français et j’ai dit : non ! Ce soir, je serai là. Je crois, je n’ai pas à regretter mon passage, ça valait le coup.». Cette impression de Dona Jean-Claude Houssou, ministre béninois de l’énergie, de l’eau et des mines, confiée à la fin du spectacle, avec une joie et satisfaction apparentes renseigne sur ce que le public a vécu ce soir le temps d’un spectacle.

Deux chanteurs percussionnistes entrent en scène. Ils sont rejoints par une danseuse. Un autre percussionniste s’ajoute et maintenant un conteur apparaît dans un costume 3 pièces (appelé agbada en milieu béninois) incarnant la sagesse. « Mon grand père m’a dit que la vie, pour qu’elle soit belle, il faut lui sourire, il faut la caresser… ». C’est ainsi que Patrice Toton, accompagné de flûte, de gong, de castagnette, de percussion en fond sonore comme en interlude ouvre la scène. Une remarquable interaction avec le public. Au prétexte de l’histoire, le rythme est au rendez-vous. Et sur scène, ça conte, ça joue, ça chante, ça danse. Le public applaudit.

Il laisse la scène à Prime Ezinsè un circassien dont le tableau de cirque stresse les spectateurs tout en les impressionnant. Les tableaux se succèdent et l’oralité revient. Carlos Zinsou, dans sa prestance scénique, maintient haut le niveau, avec un conte sur pourquoi Dieu a créé l’enfer et sur la précision de ce que veut la femme. Le slam aussi est au rendez-vous avec Nasser Al-qalam qui ravit par sa verve et séduit par son romantisme. Il fait participer le public à son oral poétique. Charrelle Hounvo, fait revenir le conte et passe la main à un autre conteur Souleymane Laly qui à son tour introduit sur la scène les arts de rue encore une fois.

Le marionnettiste Augustin fait danser ses marionnettes sur du Coupé-décalé de l’Ivoirien Serge Beynaud et sur des sonorités nigérianes de Don Jazzy. Le public acclame au rythme de la musique. Tous les tableaux de ce spectacle sont présentés avec l’accompagnement et la transition de chants, percussions, danses, panégyriques, mimiques assurés par Akpékan (chanteur), James et Théodore (percussionnistes), Mélanie (danseuse), Adébayo (slameur), Kombert Quenum (Comédien).

Cette orchestration scénographique de Patrice Toton montre la beauté et la diversité que l’oralité peut impliquer pour captiver l’attention afin de restaurer et conserver le patrimoine immatériel africain qu’elle demeure. Cette création avec ses multiples facettes entraîne le public comme une tempête. Une tempête d’histoires. Pour les artistes associés à cette création, c’est à un chef d’œuvre à l’actif du metteur en scène qu’ils ont ainsi pris part et s’en réjouissent. « Tout créateur ne peut créer que ce qu’il est, car l’œuvre est le prolongement de l’âme du créateur. Et la co-création intègre forcément la connaissance de l’ensemble des acteurs impliqués », affirme le slameur Nasser.

« C’est en miniature la configuration que nous voulons donner aux Riao 2019 », déclare le conteur et metteur en scène Patrice Toton, promoteur des Rencontres internationales des arts de l’oralité. Il lève un coin de voile sur le visage de la prochaine édition de l’événement qui sera désormais une plateforme de plusieurs disciplines artistiques ficelées autour du conte et de la parole. « La marche que nous voulons faire, c’est avec tout ce monde que nous voulons la faire vers les Riao prochaines, vers les 10 ans de l’association organisatrice Katoulati », a-t-il ajouté.

Lancée en 2009, basée au Bénin et en France, l’association Katoulati travaille à la formation en performance scénique, à la création et diffusion de spectacles. Depuis sa création, elle a mené des actions qui l’ont rapprochée des populations, toutes catégories confondues, et des acteurs à tous les niveaux du système de développement. Par les créations artistiques mélangeant plusieurs disciplines, Katoulati a affermi son utilité artistique, socio-éducative et culturelle, et a accru ses capacités à être d’intérêt public.  Elle a initié en 2012 les Rencontres internationales des arts de l’oralité (Riao).

Par Eric AZANNEY

Photo : Ignace S.

Journaliste spécialiste des questions artistiques et culturelles. Promoteur de la plateforme africaine d’informations culturelles et politiques www.awaleafriki.com

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