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Césaire et un auditoire étaient en congrès le dimanche 17 mars 2019 à Artisttik Africa. C’est le spectacle « Négrititudes », un ensemble de textes réunis, adaptés et mis en scène par Ousmane Alédji. Sous le prétexte d’explication de la négritude, les africains sont conviés à une prise de conscience collective. Dans un registre soutenu empreint d’un ton à la fois satirique et réaliste, Isidore Dokpa, comédien reconnu, a présenté, seul sur scène, un spectacle qui plonge le public dans le théâtre élitiste.

Colonisation. Civilisation. Rapport de force entre le Blanc et le Noir. Nouvelles attitudes du nègre pour une négritude assumée…  Ce sont les concepts forts qui ont retenu le souffle du public ayant vécu le spectacle « Négrititudes » les soirées des 15, 16 et 17 mars 2019 à Artisttik Africa. Il s’agit d’une performance scénique à travers laquelle le comédien dans un monologue a su dialoguer avec le public en interpellant la raison et la conscience collective sur un certain nombre de faits historiques ayant marqué l’Afrique et le monde entier.

Pupitre placé au milieu de la scène. Non loin, sur une table se trouvent des livres. Une voix féminine annonce qu’il s’agit d’un congrès où Aimé Césaire parlera d’un concept qu’il a tant défendu.  Incarnant le rôle d’Aimé Césaire, Isidore Dokpa entre sur scène habillé en costume, chemise rose, gilet, cravate.

Dans un discours plein de verve et d’engagement, le comédien réveille l’Africain de son sommeil. Il le place devant l’écran de l’histoire du siècle entre le Blanc et le Noir afin qu’il s’assume Noir en adoptant de nouvelles attitudes de nègre. A en croire le discours exposé pour la circonstance, l’acteur rafraîchit la mémoire aux peuples africains en les ramenant à l’histoire de la colonisation. Il tient surtout à ce qu’on fasse la différence entre colonisation et civilisation, puisqu’entre les deux concepts « la distance est infinie ». Elle n’a jamais été une solution aux supposés problèmes de civilisations inventés par le Blanc.  Mais c’est la résolution des problèmes majeurs de l’occident dont celui du prolétariat, lâche-t-il dans la conscience collective. Questionnements et analyses s’incrustent dans l’esprit des spectateurs et le retour aux attitudes de nègre s’impose.

« Négrititudes » ou nouvelles attitudes du nègre pour une Négritude assumée …

La prise de conscience d’être nègre est l’appel à un sentiment de révolte, d’indignation du Noir face aux séquelles de la colonisation. Sur scène à Artisttik Africa, Aimé Césaire laisse dans la conscience des spectateurs que la négritude c’est de « dire oui aux valeurs du Noir et de s’assumer nègre ». La négritude, a-t-il expliqué, c’est une manière de vivre l’histoire dans l’histoire. C’est le refus de la soumission du Noir, c’est le combat contre l’inégalité.  Elle est la révolte contre le système mondial de culture installé par l’occident. Mais c’est aussi se souvenir des croyances lointaines, des cultures assassinées. C’est la recherche, l’acceptation et l’affirmation de l’identité africaine et le retour aux valeurs africaines.

A en croire Isidore Dokpa, dans une interview à la fin du spectacle, certes, Aimé Césaire est du peuple mais il s’adresse à la classe élite et son message est perceptible par les hommes dotés d’une raison et d’une conscience nègre. « Je suis fier d’avoir incarné le grand Césaire sur scène », a-t-il affirmé, avec emphase, pour avoir retransmis le message d’Aimé Césaire aux spectateurs.

A travers ce spectacle, Ousmane Alédji honore la mémoire d’une grande figure de la littérature africaine et lance un appel de prise de conscience à ses contemporains.

Il faut rappeler que sur scène, Isidore Dokpa dans le rôle de Césaire parlant avec une élocution relativement difficile mais sans manquer d’éloquence pour autant. Questionné sur cette option, Ousmane Alédji explique qu’il s’agit d’un choix original dans la création qui, non seulement, rend hommage au Professeur Paulin Hountondji (un intellectuel béninois et enseignant émérite de philosophie, Ndlr). Mais c’est aussi un procédé qui, a-t-il- ajouté « permet de trainer sur les mots » afin de faire asseoir dans les esprits les thématiques et concepts évoqués. Et Isidore Dokpa a eu le mérite de ne pas sortir de ce couloir du début jusqu’à la fin du spectacle.

Par Hervé FADONOUGBO

Journaliste spécialiste des questions artistiques et culturelles. Promoteur de la plateforme africaine d’informations culturelles et politiques www.awaleafriki.com

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