Elle parait timide. Cette timidité n’est pas qu’apparente. Paradoxe ! Sur scène c’est comme une bête, on eut dit une personne possédée. Et, quand Rich’Savi est en transe, ses cordes vocales et son corps comblent le public. Richelle Elysée Savi à l’Etat civil a sorti son premier album en 2010. Depuis, elle se refuse à sortir un deuxième qui ne dépassera pas considérablement « La révélation », le premier. D’où sa recherche musicale autour du « Zandro ». Allons découvrir l’artiste et la personne.

 

Allure remarquable de loin mais discrète. Les cheveux coupés et arborant une couleur or en teinte, l’espoir béninois de la musique moderne d’inspiration traditionnelle accorde une loge d’honneur au style ressortant le tropical mais, surtout, garde un œil alerte sur la décence vestimentaire. Elle « aime faire des merveilles avec le pagne » mais « n’aime pas porter du trop court ». Ses chaussures à grande hauteur ! Rassurez-vous, ce n’est pas de l’extravagance. Tout en éclatant de rire, voici ce qu’elle en dit : « J’ai une petite taille ; je me dis qu’il faut la compléter avec la hauteur des chaussures ». Mais ses 1 mètre 57 de taille ne sont pas proportionnelles à sa dimension artistique.

Sur scène, elle bouge aussi vite que les baguettes du batteur sur les caisses claires et les cymbales accompagnées de la grosse caisse. Sa voix est aussi juste qu’harmonieuse aux notes du bassiste, du soliste et du pianiste. Son corps trémousse au rythme de la percussion. Les spectateurs du festival international des musiques et des arts (Fima) du Congo auraient encore le souvenir des grâces scéniques de Rich’Savi du 2 mars 2015. Lorsqu’en 2008, elle a fait sont premier album (lancé en 2010), ce n’était pas de toute évidence qu’elle pourrait tenir en haleine un public, le faisant planer. Mais détermination, humilité, patience et conscience professionnelle aidant, l’artiste fait le bonheur de tout mélomane aujourd’hui. Il faut être curieux de savoir pourquoi met-elle du temps à sortir d’albums alors qu’on sait qu’elle fait beaucoup de scènes, et vous toucherez du doigt les précédentes qualités chez elle. « Vous savez, savoir composer ce n’est pas la même chose que savoir chanter. Le premier album est sorti mais je ne connaissais pas grande chose à la musique. Donc je suis allée à la rencontre de ceux qui connaissent vraiment la musique et on m’a demandé de revoir ma manière de production sur scène puis d’apprendre à jouer d’un instrument, on m’a conseillé le piano eu égard ma voix (Je fais du piano aujourd’hui, du moins, je m’y initie). Et c’est comme ça que j’ai formé mon orchestre malgré toute difficulté y afférentes et on arrive à faire des spectacles live. Après ce premier orchestre s’est dispersé, un deuxième aussi ; c’est avec le troisième que je vais partout aujourd’hui et mon album qui est en composition maintenant, c’est avec cet orchestre que je suis en studio. Ça prend du temps et beaucoup d’argents mais on persévère, grâce à Dieu ».

Au soin de son art

Son premier album intitulé « La Révélation » ne l’a pas forcément révélé aux mélomanes de son pays et du monde. Mais celui en cours s’annonce pour parler d’elle tout comme elle-même y fera parler d’un rythme qu’elle travaille et sur lequel elle fait des recherches. Le Zandro. Et quand elle en parle, sa foi et son engouement pour ce rythme se lisent dans ses yeux qui brillent. « Le Zandro se joue normalement lors des soirées funéraires. C’est un rythme du Mono-couffo, et ceux de Porto-Novo l’appelle le  “Ahouangbahoun’’. Mais moi je le modernise à ma manière et c’est ce qui fait que je l’appelle ‘’ le Zandro-système ‘’ ou ‘’Zandro-Beat’’. Tel que mon équipe et moi sommes entrain de le moderniser aujourd’hui, quelle que soit ton origine, que tu sois du Nord ou du sud, tu vas aimer. Même les Français s’y retrouvent à travers des traces de Djazz », confie-t-elle avec un enthousiasme presque contagieux. Elle a un penchant prononcé pour la musique de recherche et ne promet que de contenu dans ce genre pour son prochain album. Ça n’étonne pas. Comme référence musicale, elle cite José Elmah, Angélique Kidjo, Sagbohan Danialou,etc. Ces voix en sont sans doute pour quelque chose dans sa rencontre avec la musique.

 A la rencontre de Rich Savi

A Zogbo, un quartier populaire de Cotonou, le 14 juin 1989, Richelle Elysée Savi voit le soleil et le donne ainsi à Mathias Savi et à Pauline Débouto qui accueillent une nouvelle créature complétant la fratrie de cinq enfants. Les premiers pas de Richelle ont été bercés par la musique, à la faveur de son entourage familial qui y est bien ancré. Un grand-père artiste et un oncle (Apipi, bien connu dans le Mono-Couffo) qui fait de la musique, c’est de quoi contaminer l’esprit et activer le processus d’une vocation. Déjà enfant, Elysée est atteint par le virus de musique. « Depuis toute petite, j’aimais la musique, même si tout ce que je disais n’était pas du juste, je composais quand même », confirme-t-elle, le sourire nostalgique. Mais elle devra attendre 2008, pour monter sur scène, la première vraie fois grâce à Belmond Zed qui l’a sollicitée pour prestation à l’occasion de son lancement d’album. Rich ne lancera pas encore le sien bien que déjà prêt en 2008 (avec 10 titres). Question de priorité.

Il lui faudra attendre de faire ses diplômes, surtout ceux élémentaires. Après les cours primaire et secondaire sanctionnés par le Certificat d’étude primaire (cep), le Brevet d’étude du premier cycle (Bepc), Richelle obtient son Baccalauréat série G2 en 2009, dans un collège privé à Tankpè (commune d’Abomey-calavi). Est-ce le visa qu’elle attendait pour embarquer officiellement dans le monde du showbiz ? Depuis le 21 août 2010 où elle a lancé son premier album « La Révélation », l’amazone du Zandro, se consacre à sa carrière musicale, sans tapage mais à fond. Entre initiation à des instruments de musique comme le piano, répétition chaque soir avec son orchestre, recherche musicale et concerts, Rich’Savi pose de précieux pas sur le chemin qui conduit vers le succès. C’est une affaire de passion. «La musique c’est ma vie », précise la rossignole xwéla (une ethnie du Mono-Couffo), l’air sérieux et sincère.

Et après la musique ?

Sourire taillé, regard précis, Richelle est plutôt une personne réservée. Hors scène, sa timidité revient et elle n’a plus besoin de monde pour s’épanouir. Casanière à volonté, la star en devenir préfère rester dans sa chambre et suivre un feuilleton, une série télévisée ou des dessins animés, à sortir pour papoter. « C’est ainsi que je me divertis, je n’aime pas beaucoup sortir, sauf pour aller travailler ou pour vaquer à d’autres occupation », aussi « dès que tu as des amis, vous allez parler de votre vie ou parler d’autrui et je n’aime pas ». Elle préfère ne pas se mettre dans des situations pouvant l’amener à s’énerver. Mais si elle est fâchée, proposez-lui de la pâte au crincrin, « avec de la manière », et vous vous ferez pardonner, à coup sûr. Son met préféré est la pâte au crincrin. C’est aussi son favori en termes de cuisine, au bonheur de son homme qui « en raffole ».

« J’aime gérer », répondait-elle pour justifier le choix de sa formation de base (Comptabilité gestion) et ça se voit qu’elle a aussi la notion de la gestion de foyer. Mariée et mère d’une fille, Rich’Savi s’occupe de sa famille comme de la prunelle de ses yeux. Idem pour son mari qui en retour l’accompagne dans sa carrière musicale. Une carrière qui devient de plus en plus jalouse des autres occupations de l’artiste parce que Richelle Elysée Savi est aussi sollicitée pour ses services en tant qu’esthéticienne et créatrice de perles. Elle gère également un petit commerce, vente de tapis et d’autres accessoires de chambre. Bien d’activités mais faut-il encore lui demander la place qu’occupe la musique ? « Dès que je vais me passer de la musique, je me demande si je pourrai vivre ». Il ne faudra pas que Rich’Savi se passe de la musique un jour.

                                                                                                       Eric AZANNEY

Journaliste spécialiste des questions artistiques et culturelles. Promoteur de la plateforme africaine d’informations culturelles et politiques www.awaleafriki.com

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