Faire un MASA plus ouvert, impliquant au maximum la jeunesse à travers les arts urbains, tout en gardant le côté public ciblé, avec par exemple le concept “MASA jazz festival”. Bien d’innovations façonnent le visage de la 11e édition du Marché des Arts du Spectacle d’Abidjan qui se tiendra du 7 au 14 mars 2019. Awalé Afriki a rencontré le Professeur Yacouba Konaté pour tout en savoir.

MASA 2020, plus 1200 dossiers reçus. Qu’est-ce qui s’annonce?

La réception des dossiers, ça c’est la partie ordinaire du fonctionnement du MASA. Evidemment, ce qui n’est jamais ordinaire c’est le contenu artistique de ce qui ressort de cette sélection et via ce contenu artistique c’est toutes les options qu’on prend pour rendre ce contenu attrayant, accessible, à la fois aux professionnels et au grand public.

Globalement, nous avons pris l’option de faire un MASA plus ouvert

Plus ouvert, ça veut dire avec plus de spectacles dans les espaces publics, des quartiers d’Abidjan, des lieux qui ne seront pas dans la rue en tant que tel mais qui seront des lieux semi-ouverts. Parce que je crois que c’est très important aussi de mettre l’accent sur le fait que les spectacles méritent une démarche artistique. Je veux dire qu’on peut très bien choisir une rue à La rue princesse où il y a beaucoup de maquis, on peut très bien mettre un podium là-bas, c’est sûr qu’il y aura un public. Mais le public qui est là est-ce qu’il est venu pour le maquis ou est-ce qu’il est venu pour le spectacle? Donc, nous, dans ce que nous essayons de faire, on veut être au plus près des populations mais on veut être aussi dans des espaces qui invitent ceux que ça intéresse de faire la démarche d’aller vers les spectacles.

C’est votre manière de faire dans la médiation culturelle?

C’est surtout une manière de susciter l’engagement de voir un spectacle. Alors que le spectateur peut être assis dans son fauteuil en train de boire et de causer, il prend le parti de suivre un spectacle. Pour nous, c’est très important. On cherche à créer de nouveaux rapports au public et je pense que la base du travail artistique c’est qu’il est dédié à des gens qui doivent avoir un minimum d’écoute.

Donc il y aura des spectacles dans les espaces publics, des spectacles ouverts y compris à l’intérieur du palais de la culture et dans les autres lieux. Nous explorons actuellement parmi les groupes sélectionnés afin de détecter lesquels sont sensibles à ce type de démarche, pour prendre des options. L’autre chose qui va consolider cette optique plus ouverte, attractive et proche des populations, c’est le fait que nous avons décidé de faire à la cérémonie d’ouverture une parade artistique qui sera chorégraphiée, avec l’ambition de réunir environ 2000 danseurs de 20 groupes de danse. C’est une parade qui se fera au moins sur 2 kilomètres dans une rue d’Abidjan. Nous sommes en pourparlers avec quelques maires pour voir quel est le quartier qui va être choisi.

Toujours pour l’ouverture, nous avons déjà fait des travaux avec des troupes. On aura aussi des groupes de carnaval qui vont nous venir du Brésil, d’Haiti, etc., qu’on ne compte pas parmi les 20 groupes mais qui vont aussi colorer l’ouverture et enclencher l’aspect populaire, si nous avons la force et inintelligence de réussir cette cérémonie de lancement.

Réunion du comité artistique international du MASA, Photo : DR

Encore une chose que nous essayons de faire pour le prochain MASA, c’est de faire une démarcation plus claire entre les spectacles que j’appelle “entrée libre” et les spectacles qui seront à guichet et pour lesquels nous allons essayer de faire fonctionner une billetterie. Les spectacles à guichet, nous les appelons globalement “Le MASA jazz festival”. Mais dans la notion de Jazz, il faut vraiment être souple ; il faut comprendre que ce sont des artistes qu’on a pris dans la sélection et d’autres artistes qu’on va inviter ou qu’on va sélectionner dans le Off et programmer au palais de la culture et à l’Institut français. Nous pensons que sur cette base-là, on aura un public diversifié -vous comprenez que ce n’est pas là le public des danses urbaines.

Quant aux danses urbaines, un jury a travaillé pour sélectionner parmi plus de 300 dossiers. Cette programmation-là sera faite exclusivement pour les jeunes avec une coloration certaine de Street art. Les autres déclinaisons du street art auront bien-sûr leur place. Je parle de l’habillement (la mode), la peinture (le graffiti).

On fait déjà des défilés de mode à l’intérieur du MASA mais cette année, on veut articuler le fait que les jeunes ont des tendances qu’il faut accompagner

Nous allons donc faire venir des créateurs qui travaillent en particulier pour cette classe. Cela fait partie aussi des aspects qui vont nous permettre de travailler un peu plus dans les espaces publics et plus nous adresser à différents segments de publics.

Au delà de tout ça, il y a une des articulations que je voudrais souligner : c’est que les arts du cirque et de la scène vont prendre une importance plus évidente. C’est-à-dire, non seulement, les grandes écoles de cirque et de marionnette de la sous-région seront invitées, nous allons faire venir aussi quelques spécialistes dans des techniques très pointues qui vont faire des Master Class pour que ceux qui aiment par exemples monter sur de grandes hauteurs aillent à leur école.

Toutes ces démarches vont permettre au MASA de renouveler un peu ses techniques d’approche. Un MASA festif et contemporain.

Le volet de cirque vous tient à cœur, vous l’aviez déjà martelé dans un entretien précédent( à lire ici). Ceci nous amène à demander ce que fait le MASA pour avoir des professionnels de cette discipline n’ayant pas postulé à l’appel à candidature.

Nous en invitons. Nous avons une rubrique “artistes invités”. Si tu veux par exemple avoir un Alpha Blondy, tu l’invites. C’est que l’édition dernière, nous n’avions pas eu les moyens d’en inviter mais cette année, on est en train de nous en donner les moyens. Donc tous les soirs, il aura des artistes invités qui seront comme des têtes d’affiche. Nous tablons sur la qualité de leur travail et notre budget pour inviter.

Vous avez évoqué moyens et cela amène savoir comment ça se dessine. Il y a eu comme un ton de souveraineté à l’édition dernière lorsque vous annonciez que le MASA passe de Marché des arts du spectacle africain à Marché des arts du spectacle d’Abidjan. Sur le plan accompagnements financiers, quels impacts?

La question budgétaire, c’est important que l’Etat apporte une contribution parce que quand c’est le cas, on est plus fort à aller négocier d’autres contributions ailleurs

La situation globale n’est ni pire ni meilleure qu’avant au plan de nos appuis institutionnels. On a toujours le soutien ferme de l’Etat, toujours le soutien ferme de l’OIF, et on est soutenu aussi par le district autonome d’Abidjan. Donc, l’effort que nous faisons, c’est de chercher les compléments budgétaires qui nous permettent de boucler une manifestation de cette envergure. Vous savez, l’année dernière c’est 2 mille personnes qu’on a accueillies. A l’INJS (Ndlr, Institut National de la Jeunesse et des Sports) seulement, on a hébergé 1300 personnes. Les autres invités étaient dans les différents hôtels. C’est une machine lourde. Heureusement, on n’a pas payé les billets de transport à toutes ces personnes. Il y a beaucoup de gens qui font l’effort et qui nous font l’amitié d’effectuer le déplacement pour venir.

La question budgétaire, c’est important que l’Etat apporte une contribution parce que quand c’est le cas, on est plus fort à aller négocier d’autres contributions ailleurs. On a la chance maintenant que nos principaux sponsors, c’est-à-dire, les membres du conseil d’administration ont accepté le principe de nous libérer leur contribution sur deux ans. Cela veut dire qu’actuellement en 2019, on a déjà obtenu la moitié de la contribution de l’Etat sur deux ans. Maintenant, à quel moment aura-t-on l’autre moitié, c’est une question à part. Mais cela fait que si nous gérons bien le peu d’argent qu’on nous a déjà donné, on aura moins de stress pour payer les billets d’avion, faire même des réservations d’hôtels et payer quelques cachets mais pas le tout. C’est bien pour ça que nous sommes amenés à nouer différents types de partenariats, sauf que la plupart de ces partenaire nous aident en nature, pas en espèce. Du coup, si tout ce qui est financier comme les cachets d’artistes, on n’arrive pas à les contenir dans l’enveloppe budgétaire financière, on est en situation difficile. Sinon au plan global, par les prestations et échanges des partenariats qu’on arrive à signer, on n’apporte pas autant que l’Etat mais on n’en est pas loin.

Aujourdh’hui, l’intérêt que le MASA suscite chez les gens va décuplant. Vous arrive-t-il d’avoir peur de ne pas pouvoir contenir un jour le monde qui y afflue?

Ça fait d’abord plaisir. Et cet intérêt des gens justement favorise nos démarches auprès des partenaires. Ça nous effraie quand-même un peu car recevoir plus de 1200 dossiers, c’est preuve d’une grosse attente vis-à-vis de nous alors que les capacités d’organisation ne nous permettent pas d’avoir 30 espaces. Le décompte provisoire de site nous donne déjà 13 sites et on nous taxe d’être éparpillé pourtant il n’est pas exclu qu’on en rajoute. A moins qu’on veuille tout concentrer aux mêmes endroits et faire des programmations jusqu’à 4 heures du matin, on devra en rajouter car nous comptons avoir une programmation de 16 heures jusqu’à au plus tard 2 heures du matin. A plus forte raison, nous prévoyons un concert dénommé le concert de l’unité africaine où on aura un artiste représentatif de chacune des grandes régions de l’Afrique, y compris les diasporas.

Journaliste - Écrivain, communicant culturel. Fondateur du Groupe AWALE AFRIKI

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