La rencontre « Gnanamaya » se réclame de la logique d’un voyage comme quête d’une certaine imagination créatrice et d’une esthétique qui renvoient au processus de changement actif. Un changement de notre propre être, de notre esprit qui imagine et de notre manière d’être. Chaque artiste invité voyage intérieurement dans son imaginaire qui se révèle comme l’indice d’une autre réalité, d’une certaine nouveauté de cette réalité. Cette nouveauté donne et redonne une vie à des matériaux de récupération, afin d’exposer des pratiques artistiques dites contemporaines.

Deux expositions dédiées à l’art contemporain avec des matériaux de récupération

 Suite à une résidence artistique effectuée à l’Institut français de Bobo-Dioulasso, dix-sept artistes plasticiens d’origines différentes travaillent essentiellement avec des matériaux de récupération en jouant sur les tailles, les couleurs et les gestes. Ces artistes et designers ont été accueillis pour lancer une première exposition à la maison de la culture et une deuxième à l’Institut français lors de la clôture de la rencontre « Gnanamaya ». Deux expositions qui offrent un air fleuri issu d’un voyage du temps basé sur des démarches artistiques, des pensées, des divers matériaux et des sujets variés. Ainsi, des peintures, des sculptures, des techniques mixtes, des objets d’art, des installations, des tissages et des installation-vidéos donnent envie de voyager dans le présent, afin de dépasser le passé.

Vernissage de la première exposition, « Gnanamaya », Maison de la culture, Bobo-Dioulasso, Janvier 2022.

Entre le design et la pratique plastique-visuelle, la trace de la mémoire et la contemporanéité, chaque artiste compose, superpose les techniques et trace une démarche faite d’expérimentation, de réflexion et de récupération. Il créé son univers artistique dans une ambiance collective et dans la diversité culturelle. Ces univers révèlent des scènes contemporaines et se révèlent à travers l’espace de l’exposition, celui de l’Institut français qui est ouvert au paysage en offrant plusieurs images, lectures et interprétations. La rencontre « Gnanamaya » ouvre une fenêtre dans l’esprit et l’espoir d’un nouveau voyage spatio-temporel où notre être marque un retour sur soi dans les profondeurs.

Lors de ce véritable voyage, tous les artistes participants cherchent et recherchent un chemin pour aller jusqu’à demain et découvrir des choses qui sont au loin. Ce chemin offre une nouvelle vie à toutes les pratiques artistiques exposées suite à l’utilisation des matériaux de récupération.

Autrement dit, le regard sur la vie se modifie en transformant tous les moments qui la composent en une pratique artistique contemporaine. Ainsi, dans quelle mesure le métissage des techniques et le détournement des objets permettent d’inscrire ces pratiques artistiques dans un esprit dit contemporain ? Comment ce détournement en acte des objets illustre-t-il parfaitement la porosité entre la sensibilité de l’artiste et son milieu de vie ? Comment cette perméabilité de l’artiste à son milieu analyse le renouvellement des visions, des pensées et des sensibilités que permet ce nouvel agencement des matériaux ?

Redonner une vie à des matériaux de récupération et renouveler le regard du spectateur permettent d’introduire un langage qui favorise une certaine lecture interprétative, évaluative, sémiologique et sémantique. Deux expositions qui nous font voyager d’un espace à un autre en créant une certaine dynamique et un nouveau registre symbolique. Des signes, des lignes, des formes et des couleurs qui oscillent entre essence et apparence. Des figurations-abstractions, des écritures-peintures sous leurs aspects textuels et visuels s’articulent sur les surfaces picturales et circulent dans des univers vidéographiques.

De même, le croisement des disciplines artistiques spécifie certaines pratiques contemporaines présentées où les artistes imaginent et créent librement une nouvelle réalité de leurs œuvres. Entre identité africaine et conception dite contemporaine, se crée des nouveaux espaces de quête d’imagination créatrice et d’expérimentation des différents médiums et techniques. Ces espaces nous attirent, nous attachent, nous intéressent, nous amènent à voyager dans l’imaginaire, voir, sentir et découvrir une nouvelle vie.

La rencontre « Gnanamaya » : Vers une esthétique de vie

Une réalité autre se révèle et révèle une rencontre-vie, celle de « Gnanamaya » comme source d’inspiration pour les artistes participants, afin de la vivre poétiquement. Il y a une nécessité d’une réforme de vie comme rencontre où la pratique artistique contemporaine participe pleinement de manière créative et innovante. Cette création artistique sollicite une recherche pour une rencontre basée sur la poésie de la vie et une certaine philosophie. Friedrich Nietzsche revendique l’artiste philosophe qui veut faire de sa vie une œuvre d’art. Il est ni simple artiste, ni philosophe théorisant, le philosophe-artiste est celui qui sera d’abord et avant tout le poète de sa vie.

Lors de cette rencontre-vie et de voyage en voyage, tout artiste est un aventurier au royaume infini qui désire une vie où il peut exprimer ses idées avec l’autre et s’exprimer librement. Il veut voir des soleils, faire passer un message et partager une émotion avec le public. C’est à travers la récupération et la pratique interdisciplinaire que tous les artistes ont interrogé la question de la vie avec une quête continue des supports, des médiums et des techniques. N’est-ce pas cette quête est celle qui participe à l’évolution de « Gnanamaya » comme rencontre-vie, afin de la faire inscrire dans un esprit dit contemporain ?

Les pratiques artistiques contemporaines exposées sont l’occasion d’une communion avec la source créatrice de la vie. Cette vie qui se définie comme une rencontre permettant de percevoir en chacun les capacités de devenir maître de sa propre existence. Aucun intérêt n’existe s’il n’y a pas de vie, parce que s’intéresser à une chose, c’est avant tout sympathiser avec sa vie. Ainsi, la rencontre « Gnanamaya » vise une esthétique de vie qui s’ouvre à l’échange et au partage à travers un esprit collectif et social. Cet esprit reconnaît la nécessité de l’art dans la vie et l’importance de l’énergie et de l’imagination créatrice. C’est l’être créateur qui est « plus riche de soi-même, renouvelé à ses propres yeux(…), plein d’un vouloir et d’un élan nouveau », ajoute Nietzsche. Cet « élan nouveau » affirme la volonté de la création artistique contemporaine en s’appuyant sur une esthétique de la vie qui peut devenir un véritable enjeu menant à l’évolution et l’innovation.

Vernissage de la deuxième exposition, « Gnanamaya », Institut français de Bobo-Dioulasso, Janvier 2022.

Au fil du voyage, « Gnanamaya » tend à un changement d’espérances et à la véritable rencontre de l’art et de la vie. Une rencontre inattendue qui se présente comme un livre merveilleux où chaque page raconte une histoire et révèle une nouvelle image dans l’esprit. C’est cette rencontre-vie qui se réclame dans la relation entre les artistes nationaux, internationaux et le public de la ville de Bobo-Dioulasso. Ces artistes œuvrent, à leur façon et de manières fortes efficaces à lever la frontière qui sépare les créateurs du public, à faire que la pratique artistique contemporaine soit la réponse à une demande aussi désirée que nécessaire. Au fil du temps et dans sa prochaine édition, la rencontre internationale d’art contemporain « Gnanamaya » sera l’invitation pour créer un autre avenir, un avenir autre.

Artiste plasticienne et visuelle, Spécialiste en théorie de l’art (Critique d’art), Maître-Assistante à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Sousse, Tunisie et fondatrice du collectif d’Arts Visuels « Plein’Art » et Membre de la Fédération Artistique Afrique-France. Ikram Ben Brahim est contributrice pour Awalé Afriki.

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