« Le voyage est dans l’esprit de celui qui le vit, mais aussi dans le cœur de celui qui le ressent » Anil Rajendra Gopal.

Un voyage dans l’esprit qui reflète une nouvelle vie pleine d’énergie ouvrant la voie sans fin à l’imagination et à la création. Une énergie créatrice d’une rencontre révélatrice d’un engagement profond de réussir ensemble, afin de ressortir une société-monde en pleine prise de conscience collective. C’est la quatorzième édition de la rencontre internationale « Gnanamaya » dans la ville de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso du 17 au 21 janvier 2022. Un rendez-vous annuel organisé à l’Institut français, mettant en lumière la culture africaine et la création artistique contemporaine. « Une rencontre internationale d’art contemporain qui favorise l’esprit social dans la diversité culturelle », apprend Issouf Diero, fondateur et directeur de cette rencontre.

Issouf Diero est un artiste plasticien burkinabé qui a créé le concept de « Gnanamaya » pour rencontrer des artistes de différentes nationalités et raconter une nouvelle vie qui lie l’esprit de partage et la création. Suite à la thématique « Création, Partir, Rester, Voyager », Issouf Diero et ses artistes invités de Tchad, Italie, Tunisie, Côte d’Ivoire, France, Chili, Togo et Burkina-Faso ont voyagé dans leurs esprits pour créer des pratiques artistiques contemporaines, afin de vivre une expérience spécifique et particulière. Ainsi, des résidences artistiques, des expositions, des conférences, des spectacles de musique, une performance et des animations d’ateliers d’arts plastiques ont illuminé l’Institut français en invitant le public à voyager dans son imaginaire et découvrir un tout artistique et visuel.

La rencontre « Gnanamaya » est une aventure artistique qui marque le départ vers un voyage menant à des univers divers et ouvrant la voie vers la quête de l’imagination créatrice, la paix et la liberté. Chaque artiste invité plonge dans les opacités de la terre africaine pour découvrir, se découvrir et s’ouvrir à ces univers imaginés et imaginables. Ainsi, dans quelle mesure, chaque artiste invité a pensé avec cette terre, afin de créer une pratique contemporaine et révéler cette sorte d’africanité ? En marchant de voyage en voyage, comment la rencontre « Gnanamaya » a fondé une esthétique de vie liée à la naissance de l’idée de l’échange et du partage ?

Au fil du voyage, au fil du temps…

La rencontre « Gnanamaya » est une invitation au voyage sous le regard inspiré des gens et du temps, mais aussi à d’autres voyages rêvés ou vécus par les artistes. Des voyages poétiques dans les regards et les imaginaires et encore poïétiques dans la création artistique. « Cette rencontre artistique est un voyage du temps », affirme Issouf Diero. L’idée est d’allier différentes pratiques artistiques dans un espace d’échange et un temps issu de la rencontre de plusieurs temporalités, afin de favoriser l’ouverture à un autre monde. Un monde intérieur, celui de l’imaginaire car les artistes sont en quête d’un « ailleurs », « (…) d’aller là-bas vivre ensemble », écrit Charles Baudelaire. Pour poursuivre cette quête, le voyage dans l’esprit est une lumière sur l’infini qui éclaire le fil d’une nouvelle vie, afin de respirer les parfums de l’Afrique qui est une terre de rencontre et de création. Ainsi, le moment est venu, celui de l’éveil lié à la naissance des idées et à l’évolution de la conscience. C’est dans ce moment que chaque artiste vit l’intensité de la vie, trouve la vérité des âmes et voit l’éclat de la joie.

Au fil du voyage, des paroles et des images se révèlent lors des conférences et une performance présentée à l’Institut français en invitant le public à vivre l’instant présent et voir sa réalité autrement.

Rencontres, Conférences, débats, « Gnanamaya », Bobo-Dioulasso, Janvier 2022

Reflet de l’avenir, une nouvelle vie à venir qui qualifie la rencontre « Gnanamaya » à travers cinq interventions mettant en avant l’importance du voyage dans le processus de la création artistique contemporaine. Ce voyage est abordé comme l’expression d’un projet de vivre ensemble. Il est une clé magique pour observer la ville de Bobo-Dioulasso dans sa richesse culturelle et artistique. Cette expérience du voyage adoptée et entamée par les artistes-intervenants invite également à repenser nos modes de vie. Comme l’écrit Jean Duvignaud :      « Vivre, c’est pouvoir vivre au-delà des limites (…) c’est dépasser les frontières, pénétrer dans le voyage comme dans une matrice ». Ce mode de vie permet à ces artistes d’entreprendre cette reconquête de l’être, afin de voyager dans l’imaginaire, sentir l’africanité, voir, savoir, se libérer et s’élever pour un monde meilleur, ici et ailleurs. Ainsi, des échanges se nouent avec le public à travers ces conférences et lors d’une performance présentée par l’artiste Issouf Diero en collaboration avec le conteur François Moïse Bamba.

Issouf Diero, Performance, « Gnanamaya »

En voyageant, l’artiste Issouf Diero met et se met en scène par des multitudes de langages possibles, afin de vivre un moment de liberté créatrice. Il cherche ce qu’il y a au-delà de la réalité en tissant son monde spirituel à travers une œuvre picturale réalisée en direct et en plein air. « Bonne et heureuse année à ceux qui sourient pour voiler le chagrin de leurs âmes, (…), crient pour taire la panique de leurs yeux, jouent la comédie pour ne pas assombrir des vies », raconte François Bamba.

La performance de cet artiste est un moment qui marque les esprits, moment empli d’émotions et de partage. Il peint d’une manière créative avec une grande énergie et une gestuelle remarquable. Cette gestuelle transforme sa peinture en un véritable spectacle où se mêlent émotion et virtuosité, voix et geste picturaux. En d’autres termes, le geste de l’artiste s’appuie explicitement sur la voix du conteur qui se déchiffre du dedans et déchiffre les significations de ce geste pictural.  Comme l’écrit Levinas « la voix en est le geste » où s’émergent la voix/appel, voix/signe et voix/geste qui s’arrangent pour que l’espace pictural se révèle et révèle une nouvelle image suscitant une certaine émotion. Respirer, bouger, passer d’un état continu à un état discontinu pour retrouver la voix/geste dans l’espace pictural.

Cette performance progresse en direction du regard, du geste et du corps. Le geste et la voix ne sont pas isolés du corps et le corps n’est pas isolé du monde. C’est une totalité. Ainsi, alliant musique et paroles, énergie et création, l’artiste se déplace et place son œuvre devant le public, afin d’échanger différemment et vivre l’instant présent. Dans le même instant, cette performance éclairée et éclairante tisse un langage et révèle des paroles accueillant le devenir de la réalité. Ces paroles racontent l’imagerie d’une société et touchent l’autre qui, en retour, doit changer son imaginaire face à sa réalité et son environnement. Au fil du temps, cet autre/spectateur continue son voyage avec l’envie de visiter les expositions d’art qui racontent les « voyages » de la vie de manière créative.

Artiste plasticienne et visuelle, Spécialiste en théorie de l’art (Critique d’art), Maître-Assistante à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Sousse, Tunisie et fondatrice du collectif d’Arts Visuels « Plein’Art » et Membre de la Fédération Artistique Afrique-France. Ikram Ben Brahim est contributrice pour Awalé Afriki.

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