Sorti en salle le 18 mai, Tirailleur (qui a pour titre international : Father & Soldier) a ouvert la section Un certain regard à Cannes le même jour. Si l’intitulé du film évoque à juste titre une page de l’histoire franco-africaine, le réalisateur Mathieu Vadepied a fait l’option d’un film de guerre sous le prisme de la famille, avec Omar Sy et Alassane Diong.

Le premier plan de Tirailleurs montre une pelle exhumant des ossements humains. Il s’accompagne d’une voix off introspective « Où suis-je ? Est-ce l’orgueil qui a conduit mes pas ? Qui prend soins des miens ». C’est un flash-forward de la trame qui prépare le cinéphile à la vague d’émotions qui va suivre mais ce plan peut connoter le déterrement de l’histoire des oubliettes où elle gît.

Bakary Diallo (Omar Sy) et son fils Thierno (Alassane Diong) qui avaient une vie paisible de famille peule au Sénégal aux côtés des leurs, sont contraints de rejoindre l’armée française en 1917. Sur le champ de bataille Bakary n’a qu’une seule obsession : protéger son fils et les faire rentrer sains et saufs, fût-il en désertant. Mais positivement remarqué au front, Thierno est promu et devra commander les autres soldats dont son père. Entre résignation et affranchissement, le fils va quand même faire face à une tragédie.

Omar Sy avec la presse au festival de Cannes 2022© VALERY HACHE

A l’annonce du film, avec le titre qu’il porte, on pouvait avoir des a priori sur l’intrigue, des soupçons « du déjà vu », mais Mathieu Vadepied prend au dépourvu en proposant un traitement qui va au-delà de la tension des rapports « colon-colonisé », de l’expression approximative du français comme langue, de ce qui est qualifié d’ingratitude de la France vis-à-vis de ces hommes réquisitionnés par plusieurs milliers dans toute l’Afrique francophone.

Tirailleurs parle du dévouement d’un homme pour la cause de sa famille, et ce, quel qu’en soit le prix. De l’envie de rentrer chez soi, de rester soi. Ce dernier aspect se transpose aux langues utilisées pour les dialogues. Une langue peule du Sénégal et le Wolof. Le français est parlé par ceux qui savent le parler, pas de bafouille. L’esthétique de l’authenticité se lit dans divers détails de ce long métrage au point d’en obséder visiblement le réalisateur.

Dans sa responsabilité assumée de protéger son fils et dans sa quête de liberté pour les deux, Bakary a pris beaucoup de risques faisant parfois montre d’irresponsabilité en faisant risquer leur vie à tous. Le tragique est sans doute l’intention de réalisation. Mais qu’en est-il de l’absurde qui parcourt ce film et fait quand même se poser des questions? Le réalisateur ne voulait certainement pas aller dans le sens des clichés ou polémiques sur l’émotion et la raison.

Tirailleurs peut se voir aussi comme un regard sur l’altérité. A table, on se rend compte de sa différence, quant aux repas proposés. Dans les causeries, entre deux batailles, on peut se faire une idée des idées préconçues de chaque race sur sur l’autre.

A la suite de Ousmane Sembène dans Camps de Thiaroye, de Rachid Bouchareb dans Indigènes, Mathieu Vadepied promène ses caméras dans les plaies de l’histoire. Et comme l’a commenté l’acteur star de Lupin sur Netflix, Omar Sy, également coproducteur du film lors de la soirée d’ouverture, « On n’a pas la même mémoire mais on a la même histoire ». On comprend mieux la voix off qui revient comme dernière phrase du film :« souvenez-vous de moi ! ».

Image de couverture ©Marie-Clémence David – Unité – Korokoro – Gaumont – France 3 Cinéma – Mille Soleils – Sypossible Africa

Journaliste critique d'art, Communicant culturel. Fondateur du Groupe AWALE AFRIKI

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