Ecrivain béninois, Daté Atavito Barnabé-Akayi est auteur d’une vingtaine d’œuvres parmi lesquelles L’affaire Bissi. Paru aux Editions Ruisseaux d’Afrique en 2011, ce recueil de nouvelles dont l’orchestration stylistique n’a d’égale que la portée éducative sur fond de valeurs morales et traditionnelles est étudié dans les lycées et collèges, depuis les nouvelles instructions officielles en république du Bénin. La nouvelle éponyme de cette œuvre : L’affaire Bissi fait part d’un grand scandale sexuel dans un collège, comme si l’enseignant-écrivain ouvrait une fenêtre de prophétie sur l’actualité 9 ans plus tôt. A l’occasion de la journée mondiale du livre et du droit d’auteur, nous avons rencontré le Prix du Président de la république 2017 qui s’est livré en toute générosité, ce 23 avril 2020.

Daté Atavito Barnabé-Akayi, bonjour !

L’affaire Bissi, votre recueil de cinq nouvelles dont la nouvelle éponyme offre une intrigue qui se déroule dans un milieu scolaire est aujourd’hui inscrit sur la liste officielle des ouvrages recommandés dans les lycées et collèges du Bénin, notamment dans toutes les classes de Première. Quelle coïncidence !

Coïncidence ? Coïncidence parce que la nouvelle traite du monde scolaire et qu’elle est recommandée dans le monde scolaire ? Je ne suis pas en mesure de trouver la raison fondamentale, vu que je ne suis pas entré dans le secret des différentes délibérations qui ont conduit à ce verdict heureux. Par ailleurs, pour rester dans le même registre générique, cet argument peut être rejeté au regard du recueil de nouvelles Le rêve étranglé de mon Aîné Eustache Prudencio étudié par l’apprenant en Seconde.

En sus, des cinq nouvelles, l’espace scolaire ne fonctionne pas comme un espace récurrent. Le narrataire se rend compte que cet espace, revenant dans la première nouvelle « Kèmi ou l’amnésie d’une bière », est un cadre excipit, clos et tragique dévoilant Fari en putréfaction (pp.38-39). Et quand le narrateur-personnage Segun, dans la deuxième nouvelle « Funmi : La rupture du contrat », évoque sa cybercriminalité (p.48), il apparaît que l’espace scolaire ne lui apparaît pas profitable.

Je pense plutôt que le souci du législateur scolaire qui a autorisé cet ouvrage au programme, le répété-je, sans avoir lu le rapport de lecture, est de rendre l’espace scolaire rentable à l’apprenant. Cet espace scolaire où il semble passer plus de temps doit incarner des valeurs propices à son épanouissement de manière à obtenir dans l’avenir un citoyen libre, responsable, laborieux et soucieux de lui-même et du reste du monde : l’école doit être une maison où l’apprenant troque ses parents contre des enseignants-éducateurs heureux de l’épanouir en lui dévoilant les secrets de la véritable vie faite du sacrifice qui précède le triomphe.

La forme avec les nouvelles de ce recueil porte les marques des œuvres soigneusement tricotées, à telle enseigne que ce qui saute à l’œil dès l’entame de la lecture c’est la technique d’écriture, la narratologie épicée de figures de styles. Et les temps verbaux qui offrent une belle parade, avec la justesse de la concordance des temps. Les fins des textes aussi surprenantes que bouleversantes, etc. On eût dit un auteur qui voue un culte au genre de la nouvelle. Est-ce le cas ?

Il me prend le plaisir de vous répondre que vous venez peut-être de donner la réponse à votre première question ! L’ouvrage est au programme en 1ère, et, selon les instructions officielles, c’est dans cette classe qu’on « épuise » les outils de la stylistique, les éléments de la narratologie. Sans entrer trop en profondeur, l’enseignant arme l’apprenant de l’arsenal morphologique de Vladimir Propp, du schéma actantiel d’Algirdas Julien Greimas, des travaux de Tzvetan Todorov ou du temps (pause, ellipse, sommaire, scène…), des moments (analepse, prolepse, simultanéité, intercalage) et des modes et points de vue (focalisation zéro, interne, externe ; narrateur extradiégétique, intradiégétique, autodiégétique, hétérodiégétique, homodiégétique) narratifs selon Gérard Genette. A la vérité, la littérarité d’un texte romanesque se définit par rapport à la manipulation de ces outils narratologiques qui font découvrir le plaisir du texte dont parle Roland Barthes.

J’ai entrepris la rédaction de ces nouvelles en travaillant en deux temps : d’une part, je vais à la recherche de l’intrigue que je déchire exprès puis je recouds parfois avec un fil invisible qui rend le saisissement de la fable moins aisé ; d’autre part, je vais à la cueillaison des sens de l’encre et de la plume qui sied aux esprits avertis habitués à l’acrobatie du chirurgien esthétique. De fait, vous y êtes : je voue un culte au genre de la nouvelle en mettant en lambeaux l’eucharistie étouffante et rococo qui constipe l’amoureux des Humanités. C’est donc cohérent si le travail sur l’écriture vous fait penser peut-être au chef de file du Nouveau roman Alain Robbe-Grillet ou même à Jean Ricardou avec son célèbre chiasme : « Le roman n’est plus l’écriture d’une aventure, mais l’aventure d’une écriture ». Vous y êtes : je suis un fidèle de la nouvelle qui boit le nectar du genre à satiété de sorte que le lecteur à la fin des nouvelles est rarement favorable à la chute !

Première de couverture de L’affaire Bissi

« A peine avait-il fini ces propos qu’un autre le coupa, soulignant qu’il ne voulut nullement piétiner sur sa langue » p.94; « Où allons-nous avec la vie pour porter des habits en métal » p.103. Pour qui est locuteur de langues nationales africaines notamment le Fongbe, l’oralité est bien présente dans votre écriture. Ce n’est pas un hasard avec ce recueil car votre poésie en porte surtout la marque. Quelle est le projet esthético-idéologique qui sous-tendrait cette démarche ?

Je l’expliquais tout à l’heure. C’est toujours ce travail en deux temps, sauf qu’ici la binarité emprunte fortement à la « langue » qu’on « piétine ». Après Louis Ferdinand Céline (Voyage au bout de la nuit) ou Ahmadou Kourouma avec ses nombreux romans dont Allah n’est pas obligé, je travaille moins dans le recueil de nouvelles L’affaire Bissi que dans le roman Errance. Chenille de mon cœur, des diglossies et des interférences linguistiques pour rendre riche, vivante et dynamique la langue française mais aussi et surtout pour marquer une distanciation par rapport à la langue française. Lors de la conférence-débat pour célébrer la Journée Internationale du Professeur de Français supervisée par Roger Koudoadinou et Estelle Dagaut et modérée par Jules Gandagbé et Anicet Mégnigbéto, le jeudi 28 novembre 2019 à l’Institut Français de Cotonou, avec comme invités Florent Couao-Zotti, Apollinaire Agbazahou, Carmen Toudonou et moi-même, je revenais sur la question en ces termes :

« J’ai une aisance avec la langue de Molière surtout parce que, comme l’a dit l’inspecteur [Apollinaire Agbazahou], c’est une langue coloniale. Je veux montrer au colon que sa langue, non seulement je la maîtrise mais j’en fais ce que j’en veux de manière que, alors même que j’écris en français, lorsqu’on [le] donne à un Français de lire et de comprendre, il ne puisse pas comprendre. »

Je ne suis quand même pas Français pour parler toujours français comme un Français. Je m’approprie le français en tant que Béninois qui a passé la plupart de sa vie au Bénin, influencé fortement par le milieu béninois. Dans mes inventions fictionnelles, plutôt qu’à un rapport de colonialisme ou de dépendance, je convie à un rapport de liberté où chaque lecteur (ou écrivain) est libre de (re)créer l’esthétique selon la disposition de son cerveau qui peut ou non tracer une vision de 360°. Le souffle poétique voire le saisissement de ma poésie danse sur ces pas et dépend des liens du lecteur avec le rythme de mes Ancêtres. Parlant de ma poésie, l’absence de signe de ponctuation peut se traduire de plusieurs milliards de manières (« couper l’eau en deux et le soleil en plusieurs milliards de lambeaux » Belligènes, p.52) : il suffit de changer de point focal.

En conséquence, il faut secouer la création du monde (la tradition ou l’oralité ou le Verbe ou la Parole) et voir si l’on peut apercevoir les signes de ponctuation avec la Vue ! C’est avec l’ouïe qu’on entend mais on n’entend pas tout avec les oreilles. Parfois on entend avec les yeux, la peau, la langue et le nez voire avec les non-sens pour magnifier la synesthésie ! Je suis d’accord avec la poésie moderne telle que pratiquée par les symbolistes, les surréalistes ou les poètes de la Négritude ou du cercle Osiris de Mahougnon Kakpo. Mais je suis en fait d’accord avec toute véritable poésie. « Or toute poésie véritable est rebelle » (Belligènes, p.38). En un mot, l’absence de signes de ponctuation peut traduire la segmentation arbitraire de la phrase mais ce libre arbitre devient convention et union sitôt que le lecteur arrive à décoder, à encoder ou à transcoder ma poésie pour rallier les autres lecteurs, donc le reste du monde…

Vous êtes plus connu poète que nouvelliste. On peut repérer les nombreuses traces de poésie dans ce recueil et ce n’est pas uniquement dans les passages versifiés. A l’intérieur des phrases, on voit de la poésie. Doit-on en déduire que la poésie est utile aux autres genres ?

C’est comme si vous me demandiez si l’esthétique est utile à la littérature ! Pour ceux qui ne l’auraient pas à l’esprit : sans esthétique, il n’y a pas de littérature. D’ailleurs, tous les grands romanciers sont dits poètes. Il en est de même des grands dramaturges. Dans la construction phrastique, la recherche d’une idée inébranlable, la peinture d’un sentiment indicible se soldent inéluctablement par la floraison de la musicalité et des images : je veux dire par la beauté. Or toute véritable Beauté est poésie. Relisez Madame Bovary de Gustave Flaubert ou A la recherche du temps perdu de Marcel Proust ou Un piège sans fin d’Olympe Bhêly-Quenum ou Western Tchoukoutou de Florent Couao-Zotti pour les romans. Considérez La tragédie du Roi Christophe d’Aimé Césaire ou Béatrice du Congo de Bernard Dadié ou Kondo le Requin de Jean Pliya ou Parabole de José Pliya pour les théâtres. Vous verrez que chacune de ces huit œuvres sont riches de poésie. Cependant il n’y a que Césaire et Dadié qui se soient, stricto sensu, illustrés comme poètes.

Pour ma part et en ce qui concerne le recueil de nouvelles L’affaire Bissi, la présence de la poésie s’explique par l’orientation esthétique des nouvelles. J’aime à raconter que le très Grand Poète Fernando d’Almeida m’a d’abord connu avec mon théâtre Les confessions du PR et s’étonna que je n’écrivisse pas de poèmes avant que je lui donnasse à lire mes manuscrits de poèmes qu’il préfaça. Vous pouvez comprendre pourquoi mes nouvelles sont parsemées de poésie : par-delà mon attachement à la poésie dû à ma première véritable lecture qui est la Bible et aux récits poétiques de notre littérature orale (sacrée), il y a que dans tout ce que j’écris, je cherche à déshabiller ce qui n’est pas donné à dévêtir. Le premier poème lisible dans la première nouvelle est un sonnet moderne avec des irrégularités au niveau de certains pieds libres même si la typographie et la disposition des vers ne le laissent pas forcément deviner :

« J’avais le sentiment que la mort et moi étions amies.

Et tout d’un coup, un texte me revint à l’esprit :

Tendre Phylloxéra fraîcheur des fleurs dolentes

L’air des primevères erre dans l’air et les

Seins maternels du vent et des mitres s’enrhument

Les palombes s’ennuient les colombes aussi

Les colombes s’enfuient les bières reviennent

O Ichthys ton caftan dans le ciel pâlit

Un soleil baobab le sourire des lis

Un soleil sans rides rejoint ta bière vide

Et je suis né du ventre vide de ton père

Comme un ADN venant d’un triste caillou

Et je réponds au salut lourd d’un Dieu vide

Ma main s’en va sans baiser la main dévêtue

De la douceur

Tendre Ichthys les menuisiers de ton lit reviennent ».

En examinant le vers 13 de ce prétendu sonnet, il est une intention herméneutique (qu’on évitera de demander aux apprenants du secondaire) qui fait que la réduction théosophique de 13 donne 4 ; lequel nombre 4 correspond au nombre de pieds du plus court vers du texte, le vers 13 (« De la douceur » = 4 pieds) ; lequel nombre 4, sans rappeler qu’il répond au Di-Meji dans la cosmogonie Vodun, est le symbole de la Croix, autre manière de désigner le destinataire premier du poème (qui fonctionne comme une prosopopée) : Ichthys. Or il est connu des chrétiens que Jésus a pour autre nom secret Ichthys. Le lien que ce texte poétique élabore avec le fonctionnement de la nouvelle laisse embrayer une isotopie christique d’apocatastase, de résurrection. Le symbole du Poisson, connotation de l’Eau, du Baptême, renvoie à une prolepse pour le lecteur averti qui peut présupposer l’anamnèse (au sens liturgique, aussi) de Kèmi : il peut deviner le retour à la vie normale, la guérison de Kèmi Sidi BA.

Métaphoriquement, Kèmi Sidi BA est l’Afrique. Son coma, le coma de l’Afrique. Son réveil, le réveil de l’Afrique. Le retour de sa mémoire, l’éveil de l’Afrique. Car on peut être réveillé sans être éveillé.

Nous allons entrer dans le vif du sujet puisque le point central de cet entretien sera la nouvelle éponyme : « L’affaire Bissi ». A la page 93, on lit ceci :

« Dire qu’il avait été admis au concours de la fonction publique avec une très bonne mention ! C’est peut-être vrai que l’ami de l’ami de son père qui travaillait dans ce ministère avait fait de la magie. ».

Daté Barnabé-Akayi, que pensez-vous du caractère peu ou pas transparent des recrutements à la fonction publique ?

Beaucoup de citoyens honnêtes et laborieux témoignent du caractère frauduleux des concours de recrutement avant que l’actuel régime ne s’installe. Je suis incapable d’en apporter la preuve. A moins que nous nous basions sur l’annulation des concours organisés avant l’installation du régime actuel. A moins que vous fassiez allusion à l’annulation des concours des inspecteurs de l’enseignement secondaire dus à certaines réclamations des impétrants. A moins qu’on tienne compte des poursuites juridiques actuelles contre certains acteurs du système éducatif de notre pays.

En me fondant sur la réorganisation de certains concours et le témoignage de certains candidats aux concours récents, je puis dire que les concours frauduleux sont rangés dans les tiroirs du passé. Du moins, il y a un travail qui s’abat pour que les concours soient moins opaques !

La vérité est que l’homme est un pot de lait qu’on doit perpétuellement surveillé sur le feu de peur qu’il soit carbonisé. Car je parie qu’il est des gens corrompus et/ou corruptibles qui n’ont jamais connu autres vertus que la malversation et la tricherie alors même qu’ils luttent quotidiennement contre eux-mêmes pour donner une image moins satanique et apatride d’eux-mêmes.

Revenons à la nouvelle. Je voudrais bien replanter le décor, sans trop expliquer :

« Celui qui prit la parole le premier était un homme robuste, taillé comme les roches éthiopiennes sur lesquelles on découvrit les peintures rupestres. S’il avait été un professeur de sciences physiques et sportives, il aurait mieux rendu service à la patrie, et sans doute incité les élèves à un bon usage de leurs muscles et aux mouvements du ring dans un pays où le football est devenu sport esclave. Car, en regardant la constitution physique de ses membres supérieurs, on avait le sentiment, sans blasphémer, que parfois Dieu gaspille son amour et les muscles, tellement sa taille s’imposait. Cette morphologie eût été plus enviée si son intervention n’avait pas embaumé le lieu de réunion d’une odeur aigre de discourtoisie, de jalousie, de diffamation et d’incohérence. Dire qu’il avait été admis aux concours de la fonction publique avec une très bonne mention ! C’est peut-être vrai que l’ami de l’ami de son père qui travaillait dans ce ministère avait fait de la magie. » (p.93)

C’est le narrateur hétérodiégétique et omniscient qui fait une pause mêlée de sommaire pour ironiser sur l’effet miroir qui s’établit entre le physique et le moral d’un enseignant ayant joui d’un concours frauduleux. On voit clairement une sorte d’autodérision difficile à opérer car l’auteur au moment de l’écriture de cette nouvelle est sans doute enseignant. C’est donc une réflexion qui se mène à voix basse où le narrateur donne à entendre sa critique sociale d’un milieu censé sauvegarder l’éthique.

Autour de ce qui constitue l’intrigue de cette nouvelle – et on y arrivera – vous avez touché bien des fléaux qui tuent aussi bien qu’ils caractérisent notre société. Le favoritisme sur fond de corruption, de népotisme, etc., le système éducatif en souffre selon vous ?

Dans ma fiction, moi, je rêve que dans la vraie vie, nous n’assistions pas à ces dérapages. En fait, je m’inquiète et me demande : et si le milieu scolaire était corrompu, quel avenir préparerions-nous ? Si les parents étaient corrompus et transmettaient la prédominance de ces gènes malsains à leurs enfants, comment les enseignants, eux, pourraient-ils les en guérir ? Si la corruption, le favoritisme, le népotisme… devenaient des vertus au sommet du gouvernail étatique, où conduirait-on le peuple ? Finalement, si dans la vraie vie, on arrive à annuler un concours devant permettre la formation des inspecteurs et si on arrive à diagnostiquer des enseignants qui ont la licence sur des épreuves de troisième ou de terminale, c’est que les doutes semblent fondés.

Mais alors si les éducateurs censés orienter les élèves non seulement sur le chemin de la connaissance mais plus largement contribuer à faire d’eux de bons citoyens de demain, si ceux-là ont eux-mêmes des antécédents avec l’éthique et la morale, que peuvent-ils bien transmettre aux apprenants ?

Très belle question !

Nous, les enseignants, nous avons le devoir vital d’être des modèles, qu’importe la méprise des parents, qu’importe le mépris du gouvernement, qu’importe le degré de nos joies et de nos tristesses. Le métier d’enseignant est si sacré qu’il vaut mieux démissionner si c’est pour opérer un transfert psychologique des frustrations sur les apprenants.

Dans l’affaire grave qui fait l’actualité du collège, l’enseignant qui fait objet de tous les soupçons c’est Chabi. Pour être attentionné à l’endroit de deux élèves sœurs jumelles en raison de leurs bons résultats et de leur intelligence, on l’accuse d’avoir « l’une après l’autre traversé la frontière de leur virginité » p-99. Mais le portrait de lui fait par le narrateur est bien celui d’un enseignant vertueux, dévoué à la profession même « s’il n’a jamais trotté la terre de l’École Normale avant de s’engager dans l’enseignement » et « ce n’était pas l’intelligence qui lui manquait pour affronter les épreuves du CAPES (Certificat d’Aptitudes Professionnelles à l’Enseignement Secondaire, Ndlr) » p.97. Faut-il comprendre qu’il ne suffit pas d’être sorti d’une école de formation au métier d’enseignant pour être un bon pédagogue ?

Tout le monde sait que le monde actuel est fortement un monde de spécialistes. C’est criminel de continuer à laisser un ophtalmologue opérer une splanchnectomie ou une néphrostomie sous prétexte que de toute façon, il est aussi médecin. C’est ce qu’on fait depuis que moi, j’ai été élève (je parle là d’une quarantaine d’années) : la plupart des enseignants n’ont pas forcément le profil ni la vocation ; l’enseignement est devenu est un pis-aller. Il faudra qu’on arrête avec les bricolages : un pays pauvre n’a que l’éducation pour s’en sortir ; les ressources naturelles de la RDC sont là pour me conforter dans ma position. Lorsqu’on va continuer à se cacher derrière les arguments de pays pauvres, nous classerons toujours nos pays parmi les pays en voie de sous-développement ! Il y a une seule manière de quitter la pauvreté c’est de travailler, de travailler plus qu’il en faut en temps normal parce que nous ne vivons pas des temps normaux : à voir à la loupe, la plupart des pays de chez nous préfèrent œuvrer pour retourner au Moyen-Age pour son obscurantisme, son culte pour l’ignorance et sa facilité pour la fatalité. Moi, je suis pour la Renaissance et l’Humanisme : avoir recours à nos Ancêtres et adapter leurs connaissances à nos réalités actuelles : c’est la seule issue pour avoir un mot à dire dans le concert de la mondialisation.

Pour répondre clairement à votre question : « Faut-il comprendre qu’il ne suffit pas d’être sorti d’une école de formation au métier d’enseignant pour être un bon pédagogue ? », je dirai que c’est difficile d’élaborer une science exacte en ce qui concerne l’espèce humaine : je réponds hélas de manière affirmative. Je ne citerai pas de noms. Mais élève, on nous parlait de ces enseignants bardés de tous les diplômes qui venaient poliment faire leur sieste en classe. Ou d’autres plus diplômés qui infligent des zéros à toute la classe ou la gratifient de vingt selon qu’ils échouent ou réussissent à amener une élève dans leur lit ! Et devenu enseignant, j’en connais qui n’ont que la licence et parfois même en dehors de la discipline étudiée à l’université, qui sont d’une exemplarité déconcertante.

Daté Atavito Barnabé-Aakayi, Photo : DR

C’est bien curieux ! Il a beau avoir pour matière d’enseignement les Mathématiques plutôt que le Français mais la description de Chabi se rapproche beaucoup de l’enseignant Daté Atavito Barnabé-Akayi : choix délibéré du métier d’enseignant, ponctualité au cours, bonne pédagogie en situation de classe, etc. Évidemment, vous me direz le contraire ! Soit. Mais si vous étiez à la place de Chabi, quelle serait votre réaction devant toutes ces accusations à tort ?

Merci pour les compliments. En effet, beaucoup de lecteurs (qui connaissent ma dévotion au métier d’enseignant) cherchent à m’identifier à Chabi !

Ce qui est davantage plaisant, c’est que les apprenants ont trouvé un archétype d’enseignant proverbial. Récemment, une collègue qui travaille sur l’ouvrage pour son Capes, me laisse comprendre que ses apprenants l’appellent Madame Chabi car elle incarne, selon eux, les qualités de Monsieur Chabi.

Alors… si j’étais à la place de Chabi… Heureusement jusque-là, je n’ai pas été cité à comparaître ! Avec l’essor de la criminalistique, des innocents emprisonnés sont relâchés avec des appels sur des recours.

Quoi qu’il en soit, nous sommes tous appelés à être accusés à tort un jour ou l’autre. Moi, chaque fois que je suis accusé à tort dans la vie, je garde mon sang-froid et en tiens compte. La vie m’a appris que la trahison est inhérente au succès. Pour les gens honnêtes, dans tout milieu où les uns les accusent à tort, les autres les défendent bec et ongles ! Je compte sur cette loi de la dialectique.

« Chabi aimait le travail. Les filles travaillaient. Il les aimait. » p.98.

Du syllogisme de cette suite de phrases, que faut-il retenir ?

Vraiment du syllogisme sur fond d’asyndète !

Pour rester dans la logique déductive des verbes du premier groupe employés (aimer, travailler) et des phrases courtes, je clarifie ceci : s’il est une religion à laquelle on m’invite à autoriser l’humanité, c’est le travail de l’amour et l’amour du travail.

Le dénouement d’intrigue de cette nouvelle dévoile des faits tout aussi graves, pudiques que préoccupants. Prostitution, proxénétisme, grossesse, suicide en milieu scolaire, et tout ceci sous la coupole d’un chef d’établissement, avec la participation d’enseignant(s). A la parution de ce livre en 2011, vous avez dû choquer plus d’un, vos collègues en premier. Non ?

Exact.
Mais moi, j’étais dans une fiction. Je ne m’attendais pas à vivre les éléments de mon vivant ; pis, dans son aspect le plus macabre. Vous savez, j’ai beaucoup d’empathie comme la plupart des hommes. J’évite souvent d’écouter l’histoire quotidienne des apprenants qui la plupart du temps, vivent des atrocités. Je me suis fait le vœu d’enseigner dans les établissements publics – c’est le public qui m’a formé, moi-même ; je me sens redevable envers l’école publique – ; or dans le public, il est récurrent que les parents d’élèves manquent de payer la scolarité, les fournitures ou même de donner à manger à leurs enfants. Il est récurrent de rencontrer des parents pauvres dont la richesse reste le nombre effrayant d’enfants livrés à Dieu qui ne laisse pas mourir les oiseaux du ciel. Avec ces genres d’élèves pauvres, on comprend qu’ils trouvent le salut dans le vol ou la prostitution pour survivre.

J’ai donc créé un univers où les parents sont aisés mais occupés et séparés comme c’est la mode de nos jours. J’ai donc créé un univers de pauvreté psychologique. Je montre dans cet univers fictif que la nourriture dont tous les enfants, riches et pauvres, ont fondamentalement besoin, c’est l’exemple des parents. En travaillant le vide affectif et ses conséquences, j’accentue le danger en inventant des autorités scolaires et des enseignants inconséquents pour donner l’alerte à tout le système éducatif. A travers les déviances morales et sociales (prostitution, proxénétisme, grossesse précoce et non désirée, mort en milieu scolaire), je voudrais qu’on prenne au sérieux notre système éducatif. Je voudrais surtout que les parents ne négligent ni n’abandonnent pas leurs enfants. Je voudrais que si ces négligences ou ces abandons arrivent – et Dieu sait qu’ils arrivent nombreux –, la Justice s’autosaisisse de ces cas pour protéger les enfants et punir selon la loi les parents car de mon point de vue, sans respect du « contrat social » (Rousseau), nous sommes dignes de marcher à quatre pattes pour reprendre une ironie de Voltaire à l’endroit de l’autre d’Emile ou De l’éducation.

Je sais que notre vie est tragique et que quoi qu’on fasse, ces cas de déviances ou de perversions vont exister mais nous sommes humains et notre travail, en tant que tels, c’est de lutter contre toutes entraves sociales parce qu’à la vérité, dans la plupart du règne animal, les enfants sont choyés de leurs parents !

L’actualité pas reluisante en faits divers au Bénin précisément à Cotonou ces derniers jours est constituée de faits bien similaires. Actes sexuels organisés par des bandes d’élèves dans plusieurs collèges, d’une part, et d’autre part, suicide d’une adolescente dans le cadre d’une histoire d’amour. Comment avez-vous pris l’information de ces sombres événements ?

Toutes mes condoléances à la famille éplorée. C’est de la tristesse !

On ne décide pas de se suicider parce qu’on est jeune, heureux et qu’on mène une vie remplie.

On ne décide pas de se suicider parce que les parents sont toujours là pour soutenir quoi qu’il en coûte !

Quand on parle de suicide, je pense toujours à Albert Camus avec Le mythe de Sisyphe : il faut imaginer Sisyphe heureux.

Nous tendons vers la normalisation des vices et la célébration des contre-valeurs dues à la déresponsabilisation des parents et à la déification de l’argent.

Je crois qu’il faut que les parents se souviennent qu’il ne sert à rien de faire d’enfant, d’investir sur lui et le voir partir sans retour sur investissement. Il faut que les parents, sans hypocrisie ni honte, parlent de sexe aux enfants, leur donnent de la documentation numérique ou traditionnelle. Et s’ils n’en savent rien ou pas grand’chose (ça peut arriver), qu’ils les envoient vers un spécialiste, un sexologue ou un psychologue de l’enfant ou de l’adolescent.

Pour ma part, j’estime que le sexe est un organe, un organe humain. Et j’ignore toujours pourquoi l’éducation en fait parfois un sujet tabou. Depuis qu’on parle du Sida aux petits apprenants au primaire, le sexe doit être étudié de façon à permettre à l’adolescent de le respecter, de le sacraliser c’est-à-dire de l’aborder avec responsabilité. La pulsion sexuelle, étant somatique avant d’être psychologique, peut être maîtrisée.

De l’autre côté, les parents (encore eux), s’ils ne peuvent pas contrôler l’usage des iPhones de leurs enfants, doivent veiller à ce que leurs héritiers en soient dépourvus avant d’entrer dans les centres scolaires, en attendant que leur port permanent ne soit légal. Car quand les surveillants, censeurs ou directeurs tentent de leur retirer les Smartphones qui servent à filmer, ce sont encore eux qui viennent influencer les autorités pour récupérer les GSM.

La discipline se meurt. Car l’autorité n’existe presque plus ni à la maison ni à l’école !

Ce n’est pas de la prophétie sans doute, mais les voyants étaient déjà si alarmants dans les années de l’écriture de cette nouvelle ?

Bien entendu ! Le sexe à l’école, ce n’est pas nouveau ! C’est l’une des raisons pour lesquelles à l’origine, en dehors de la laïcité, l’école n’était pas mixte. Pour être franc, des choses similaires ou plus graves s’étaient passées. Moi, j’ai la chance d’avoir des témoignages impudiques des années de mon enfance et bien avant. Les suicides, les avortements, les viols, le sexe à trois, à quatre… Sauf que ça restait dans un cercle fermé. Et en parler, c’est commettre un délit d’initié. Vous pouvez mener votre enquête. Je déteste l’hypocrisie des gens sur la toile. Même quand nous, on (je dis « on » pour rendre cela moins alarmant) était élèves, on n’était pas des anges. En tout cas, certains camarades et moi, on n’était pas les plus dociles. La différence peut-être, c’était que nous, on était des travailleurs. Et l’inconscient collectif n’imagine pas que des élèves brillants – Bissi et Rissi toutes brillantes, ne l’oubliez pas – puissent être des « dangers publics ». Je ne dis pas que tous les apprenants de mon temps étaient des pestes ou des coronavirus (pour faire branché) ! Je dis qu’on n’était pas tous propres. Observez Les frasques d’Ebinto d’Amadou Koné : l’auteur est né en 1953 et le roman publié en 1979 ; ce qui suppose : avant les réseaux sociaux, les élèves adolescents commettaient des impairs au plan sexuel. Ce qui est nouveau, c’est la vulgarisation des canaux de diffusion du sexe et le laxisme de la figure du Père (au sens psychanalytique du terme).

Les adolescents du monde entier ont plus besoin d’attention. Ceux du Bénin, aussi. Car, c’est connu que c’est dans l’adolescence qu’on cherche à tout expérimenter, à tout contester… Cette période transitoire doit être prise au sérieux. Bissi et Rissi sont là pour nous apporter la preuve.

On est en face là d’une crise dans l’éducation, c’est certain. Les gens ont tôt fait d’accuser les élèves mis en cause et victimes. Dans « L’affaire Bissi », on perçoit le manque d’amour en défaveur des deux adolescentes. Pour vous, à quel(s) niveau(x) se situent les responsabilités dans ces faits de la vie réelle ?

Vous venez de sous-entendre ma position. Les véritables et premiers responsables, ce sont les parents.

Il faut qu’ils cessent de croire que les enfants, confiés dans les bras du hasard, sont contraints à l’ataraxie, à la prospérité.

Ensuite les autorités du milieu scolaire qui de plus en plus, ne prennent plus soin des apprenants selon le règlement intérieur, à force de trouver des compromis.

J’ignore s’il faut accuser les apprenants qui sont de moins en moins majeurs.

S’il y a une constance dans ce recueil, c’est la déresponsabilisation des parents vis-à-vis des enfants.
Dans « Kèmi ou l’amnésie d’une bière », Faridath, morte tragiquement, a pour père un polygame irresponsable : « Fari était issue d’une famille polygame. Son père l’eût beaucoup aidée s’il n’avait pas été d’un certain âge et qu’il ne vécût pas de sa pension qu’il devait partager entre ses nombreux enfants. Il l’aimait bien mais il manquait de moyens financiers pour rendre son amour visible. Fari n’avait rien d’une matérialiste. Elle aimait son père et lui pardonnait son manque d’attention et son absence d’autorité. » (p.19)

Dans « Funmi : la rupture du contrat », Funmi a vécu sans ses deux parents morts pour avoir désobéi :

« Funmi est née dans un village reculé d’Ilé-Ifè au Nigéria. Elle a passé, en revanche, ses sept premières années à Victoria Island (Lagos) dans une famille bourgeoise qui l’avait adoptée. Car son père mourut sept jours après la mort de sa mère qui s’en était allée après l’avoir mise au monde. Son père avait follement aimé sa mère et l’avait épousée contre la volonté des dieux et de ses parents enracinés dans la tradition. » (p.54)

Dans « Kadara et l’exilé spirituel », c’est une femme qui a investi toute son énergie pour avoir un enfant et la seule interdiction relative à la survie de son enfant, elle la viole et fait tuer son fils par le biais de son mari, ministre corrompu et infidèle.

Vous venez de peindre le tableau dans « L’affaire Bissi » : l’absence des parents quoique vivants et hauts cadres.

Tobi, dans « Tobi, la dame du couvent » grandit également sans ses deux parents. Vous vous souvenez de sa fin ?

Voyez-vous mon rêve ? Que les parents soient vraiment là pour leurs enfants ! Car disait William Wordsworth, l’enfant est le père de l’homme. Pour moi, il n’y a presque rien de consistant à espérer que l’enfance est un trou.

Quelques ouvrages de l’auteur

Le statut de l’enseignant en république du Bénin est-il enviable ? Autrement, y a-t-il une valorisation de la fonction d’enseignant ?

Au début de l’année scolaire, pour la prise de contact, les enseignants ont l’habitude de demander aux apprenants certaines informations. De moins en moins, dans la rubrique métier, la case Enseignant est remplie. Il est même arrivé (et ça, je l’ai noté dans ma pièce de théâtre Le chroniqueur du PR) qu’un apprenant signale qu’il veut bien être dans l’avenir un assassin.

En évitant de comparer le statut de l’enseignant béninois du supérieur aux secondaire, primaire, maternel, si on aime le Bénin, on doit reconnaître que le système éducatif a un problème.

Nous ne sommes pas éduqués pour savoir ce qui est utile de ce qui est futile.

Tout le monde observe avec le Covid-19 comment les agents de santé souffrent au front ! Dans plusieurs pays, même de l’Europe (en dehors de l’Allemagne très respectueuse des enseignants), on réalise qu’on ne fait pas assez dans le secteur sanitaire.

Là, encore, la responsabilité revient aux parents, à l’Association des Parents d’élèves. C’est à l’Association d’exiger de meilleures conditions de vie et de travail à ceux qui prennent soin de leurs enfants surtout qu’au pays, les motions de grève ou de préavis de grève par an se limitent naguère à une dizaine de jours.

L’enseignant peut faire plaisir de manière que l’élève en rêve.

Vous êtes très jaloux de votre profession d’enseignant que vous revendiquez d’ailleurs derrière les couvertures de vos livres et dans la vie quotidienne. Vous avez milité à succès dans un syndicat, il y a plus de dix ans pour la reconsidération de votre traitement. Vous avez réalisé avec deux collègues, plusieurs manuels scolaires qui sont inscrits aux programmes dans les lycées et collèges, etc. Mais aujourd’hui, il semble que vous avez cessé d’intervenir dans les collèges. Vous voudriez bien nous en parler ?

J’espère que je saurai me faire bref car vous me demandez de vous parler de mes seize derniers ans !

J’ai commencé le métier d’enseignant avec mon diplôme de licence et gagnais 58.000fcfa soit environ 90 euros par excès. Comme j’étais oisif malgré le contrat de 20 heures, on me proposa un autre contrat de vacataire sédentarisé (c’était l’expression par laquelle on nous désignait), je passai à 40 h ; j’en avais fait bien plus en réalité. J’aime l’enseignement mais j’aime encore plus me sentir utile. Cet engouement de semer dans le cerveau fertile des apprenants m’envahissait au point que c’était trois mois plus tard que je me rendis à la perception pour empocher mes émoluments que j’imaginais près du million. Ma surprise fut insupportablement foudroyante quand je réalisai que les « 20 h × 4(semaines) × 3(mois) » équivalurent à moins de cent soixante-quinze mille. Je me calmai à l’idée que je gagnais un double salaire et n’avais ni enfant ni femme. Mais j’avais des collègues mariés. D’autres avaient même des maîtresses. Ils me posaient souvent leurs problèmes financiers sans rappeler les jours de paiement où le receveur se souvint après toute une journée d’attente que votre établissement n’était pas encore programmé…

Je devins syndicaliste en 2004-2005 et occupai le poste de secrétariat administratif au plan national dans les années 2005-2006 non pour me défendre ni pour me faire une place au soleil et me servir du miel mais parce que je compris qu’on nous défendait, ainsi, de manger à notre faim, de tomber malade, de nous vêtir comme des êtres humains… avec 58.000fcfa le mois. Par conséquent, le message que l’employeur envoyait se résumait en ceci : on ne vous demande pas d’être excellent ; on veut juste des ratés de la vie pour occuper les enfants. Après les nombreux va-et-vient avec les divers ministres en charge de la question, la situation de précarité est légèrement traitée ; mais la plupart des collègues qui trouvaient le reversement et autres avantages inattendus et divins avaient été si ravis que l’envie de continuer la lutte syndicale leur paraissait exagérée… Entretemps, je quittai le syndicat pour d’autres combats qui devenaient plus urgents.

Armand Adjago (aujourd’hui, Docteur et enseignant à l’Université de Parakou), Anicet Mégnigbéto et moi administrant les cours dans des établissements expérimentaux d’APC (eux, Ceg Ste Rita et moi, Ceg Agblangandan et Ceg Dantokpa ; mais les rejoignis en tant que vacataire simple), participions à la correction des épreuves des examens conçus dans cette méthodologie à Porto-Novo. Des différents handicaps docimologiques se retrouve la question d’un manuel relatif à l’Approche Par Compétences (APC). En 2007, sous la direction de l’Inspecteur Apollinaire Agbazahou naît le manuel Tests de lecture, soutenu par l’Association des Professeurs de Français du Bénin (APFB), présidé à l’époque par l’actuel Directeur de Cabinet du Ministère de l’Enseignement Secondaire, Jean Benoît Alokpon et l’actuel Président de l’APFB, Roger Koudoadinou. Par la suite d’autres manuels, Cahier de Lecture, Communication Ecrite, Lecture-Ecriture… sont publiés et chaque fois, soutenus et salués par le système éducatif. Ma disponibilité à servir le système éducatif m’a fait rencontrer la plupart des grands noms du milieu. Je remercie tous les Inspecteurs à travers Toliton, Agbazahou, Abidjo, Hounlèba, Doubogan, Sotin, do Souza, Dangnivo, Tokpanou, Gbédédji… tous les Conseillers Pédagogiques à travers Bruno Ahossi, Julien Hounvênou, Fidel Houngbo, Flora Aballot…

Tout calcul fait, j’ai fait au moins une quinzaine d’années dans l’enseignement au secondaire. J’ai oublié de préciser que jusqu’en 2017, j’avais arrêté mes études en licence quoiqu’en 2011-2012, j’aie repris les études pour faire mon C2, sur insistance du Professeur Pierre Médéhouégnon et bien d’autres qui ne comprenaient toujours pas comment je pusse me contenter de peu alors même que les études étaient à ma portée. Quand j’appris que celui qui me démontrait les services plus grands que j’aurais à rendre pour le pays allait à la retraite en 2017 et c’était lui-même qui me le dit au retour d’une consultation au Ministère de la Culture, je lui promis de finir la rédaction de mon mémoire de maîtrise. Ce que je fis en changeant carrément de thème et de genre littéraire. J’avais commencé un travail sur la dramaturgie de la violence dans le théâtre en 2011-2012. J’optai et soutins en 2017 pour un mémoire de maîtrise sur L’esthétique de la poésie rituélique chez Mahougnon Kakpo. Je m’inscris en master 2 puis soutins un mémoire de master 2 sur L’esthétique de l’ésotérisme dans la poésie de Mahougnon Kakpo et de Mwènè Gabriel Okoundji. Actuellement, je suis en deuxième année de thèse et poursuis mes recherches en Littérature francophone, en Stylistique et en Grammaire sous la codirection du Professeur Pierre Médéhouégnon et du Docteur (MC) Raphaël Yébou, en ajoutant Nora Atalla pour corser un peu plus le corpus.

Dans ces conditions de recherches intenses où je donne à voir l’universalité du concept, du syndrome, du complexe d’Abiku dans la poésie et en rappelant que depuis l’année passée (2019), j’interviens dans un Institut universitaire et suis moniteur au Département de Lettres Modernes (UAC), être régulier en cours au secondaire m’apparaît torturante. Mais les collègues du secondaire savent que je suis toujours avec eux. Quand ils me sollicitent, je réponds toujours. D’ailleurs, c’est avec plaisir que j’ai toujours accepté quand la Direction de l’Inspection Pédagogique, par le biais de l’Inspectrice Départementale avec l’Inspectrice Ghislaine Sottin Glèlè et le CP Chadaré, me réclame pour animer les animations pédagogiques zonales (APZ). Je suis Béninois et manifesterai toujours le désir d’être au service de mon pays.

Pour être clair, je ne suis plus dans les classes au secondaire car je risque de mal faire mon travail, le temps me faisant défaut. Je pourrais me mentir et poursuivre les cours en abusant de la confiance que l’Etat béninois me fait. Mais j’ai du respect pour moi-même, pour mon pays et pour mes apprenants qui tôt ou tard, feront le bilan de leurs meilleurs enseignants. Si je ne puis pas être le plus aimé, je ne veux pas être le plus exécré !

Daté recevant le Prix du Président de la république en 2017, Photo DR
Daté recevant le Prix du Président de la république en 2017 des mains des ministres d’Etat chargé du Plan et du Développement Abdoulaye Bio Tchané et Oswald Homeky alors en charge du Tourisme de la Culture et des Sports

Revenons à L’affaire Bissi. Dans l’énumération de grands mathématiciens qui sont de grands littéraires, le narrateur a évoqué l’écrivain béninois Habib Dakpogan, au même titre que les Thalès de Milet, Pythagore de Samos, Blaise Pascal, René Descartes, Raymond Queneau et Cheikh Anta Diop. C’est vrai, Habib Dakpogan a fait un Bac C, il est un écrivain d’un talent reconnu mais il n’est pas des siècles passés, il n’a sans doute pas (encore) la notoriété des autres, il est béninois, en plus il est vivant. Ce n’est pas courant de rencontrer cela dans les textes, même avec le souci de la couleur locale. Quelles étaient vos intentions ?

Certes Habib Dakpogan ne devrait pas être cité au même titre que Thalès, Pythagore, Pascal, Descartes, Queneau, Diop… Cependant dans la fiction, le narrateur obéit au nouvelliste qui parfois est trop utopiste et trop idéel.

Citer Habib Dakpogan même si cela donne l’air d’avoir tiré par les cheveux, a, pour moi, trois sens. D’abord, je le cite en épigraphe et dans la nouvelle, pour le remercier car il a pu lire, dans un temps record, tout le recueil de nouvelles et m’a proposé plusieurs éditeurs dont les Editions Ruisseaux d’Afrique qui ont adopté les nouvelles d’emblée et les ont publiées sans savoir que l’agent de pub est l’un de leurs auteurs. Ensuite, le citer, au-delà du réalisme, me permet de montrer un certain respect à l’Aîné qu’il constitue vis-à-vis de ma publication et son humilité à me faire lire son deuxième roman qui était en écriture. Enfin, mon recueil de nouvelles travaille la défense et l’illustration des valeurs endogènes. Et pour réussir cette prise de position, il faut magnifier déjà les valeurs existantes pour que la jeunesse sache que la créativité et l’imagination qui sont humaines ne s’acquièrent pas forcément après que la tête est toute grise ou toute chauve.

On pourrait donc avoir dans l’avenir des Béninois qui écrivent leur 1er livre de bonne facture avant 18 ans. D’ailleurs, le Bénin en compte un certain nombre déjà.

Comme vous ne m’avez pas demandé pourquoi avoir dédié tout le recueil à Florent Couao-Zotti, je ne dirai pas que c’est pour le remercier de l’avoir lu et de m’avoir forcé à ajouter les deux dernières nouvelles (sans quoi ce serait un livre de trois nouvelles) mais pour demander à travers lui, la bénédiction de tous les écrivains de belle eau qui m’ont précédé.

« Peut-être, se dit-il, mon pays construira un théâtre national pour les élèves qui veulent y faire carrière. Peut-être aussi par la même occasion va-t-il amener la population à exiger des loisirs plus sains, obligeant les volontés intellectuelles à s’unir pour l’érection des bibliothèques, des vidéothèques, des salles de cinéma et de spectacle ! » pp98-99.

Un plaidoyer à peine voilé. Mais de 2011 (quand on considère la date de parution de ce livre qui est écrit en 2008 ou avant, cf. paratexte), à aujourd’hui, quelques années sont passées. Néanmoins, aucune de ces infrastructures rêvées pour la bonne santé de la culture et des arts et surtout pour les populations n’est sortie de terre. On peut toujours espérer, selon vous ?

A quoi ça sert de vivre si l’on ne peut espérer ?

Bien sûr que oui ! J’espère bel et bien !

Qui eût cru que la Fondation Vallet eût construit des bibliothèques de grandes portées au Bénin ?

J’ai appris dans un milieu de gens sérieux – il se peut que ce soit juste une mauvaise blague – qu’avant ce régime, un donateur eût confié près du milliard de nos francs pour un projet de théâtre. Il se raconte que ce milliard a servi à faire chercher le terrain où le théâtre sera érigé et à voir quels experts peuvent faire quoi, avec quels autres et comment, blablabla…

Pour ma part et en attendant un mécène, si l’on veut véritablement construire ce théâtre, il suffit de sucrer pour un an les milliards qui reviennent au fonds culturel pour construire quelque chose de recevable. On a déjà vécu sans ces milliards culturels avec l’actuel régime. Et aucun artiste n’en est mort. Donc la chose est possible.

Dans toutes les nouvelles de ce recueil, une part belle est faite à la tradition. Et celle éponyme l’illustre bien car ladite affaire Bissi n’a pu être tirée au clair que grâce à l’intervention d’une femme qu’on pourrait appeler vraie gardienne de la tradition. Que pensez-vous de ces réalités qui sont de notre essence africaine ?

Je ne pense pas que ce soit une réalité propre à l’Afrique. Tous les continents possèdent leurs forces physiques et métaphysiques qui en réalité sont universelles même si on ne les désigne pas par les mêmes noms. Il suffit de relire l’essai ésotérique de Pierre Riffard L’ésotérisme. Doctrines secrètes et initiations en Occident ») ou les récits romanesques de Dénis Diderot (« La Religieuse ») ou les aventures mystérieuses de Lobsang Rampa (Le troisième œil) ou de Gérard de Sède (Les templiers sont parmi nous). Chez les deux derniers, la tradition est bien présente et exige un recours virulent à la connaissance de soi. Et il faut relire surtout Jean-Marc Font dans Comprendre l’ésotérisme, qui synthétise : « Ni Religion ni Science, la Tradition (avec un T majuscule) est ce fond commun de connaissances que l’humanité a constitué depuis l’aube des temps. Comment ? Par les mêmes moyens que ceux qui lui ont permis d’élaborer ce que nous avons appelé précédemment les croyances et les savoirs : l’observation et la réflexion. Mais celles-ci prennent leurs sources dans des contacts avec l’invisible, vécus et rapportés par quelques individus exceptionnels : prophètes, mystiques, illuminés, visionnaires… » (p.34). En conclusion sur la tradition, il rappelle : « A chacun sa vérité. A chacun de la trouver, de la gagner, de la mériter. Ainsi, la richesse même de la Tradition est son apparente disparité, et celle-ci, loin d’être une source de perplexité rebutante, est une mine dans laquelle chaque filon permet au « chercheur de vérité » de trouver des pépites (de l’or, au sens alchimique…) qui lui permettront de progresser vers la Connaissance. »

De fait, je pense que l’Afrique doit chercher sa propre vérité. Je n’aime plus me perdre dans les débats superflus de « l’Afrique est le berceau de l’humanité, des Connaissances et tout ce qu’on veut ! ». C’est criminel d’être humain et avoir honte de revendiquer l’histoire de ses Ancêtres ! C’est ce que font la plupart des Africains francophones au Sud-Sahara : avoir honte de sa tradition comme nommer son enfant essentiellement en langue locale ; mépriser la religion de ses Ancêtres et célébrer un Dieu étranger, colonialiste et véritablement cupide ! Covid-19 apprend quelque chose de fondamental à l’Humanité, notamment aux Africains qui n’ont pour autre loisir que les cris démentiels à un Dieu qui ne comprend pas leur paresse spirituelle. La foi, la véritable foi, est en soi. L’incipit de L’évangile de Thomas, dit apocryphe, insiste sur la Connaissance, la Connaissance de soi :

« Voici les paroles cachées que Jésus le Vivant a dites et qu’a transcrites Didyme Judas Thomas.

Et il a dit : « Celui qui trouvera l’interprétation de ces paroles ne goûtera pas de la mort. »

Jésus a dit : « Que celui qui cherche ne cesse de chercher jusqu’à ce qu’il trouve ; et quand il aura trouvé, il sera bouleversé et, étant bouleversé, il sera émerveillé, et il régnera sur le Tout. »

Jésus a dit : « Si ceux qui vous guident vous disent : voici, le Royaume est dans le ciel, alors les oiseaux du ciel vous devanceront ; s’ils vous disent qu’il est dans la mer, alors les poissons vous devanceront. Mais le Royaume, il est le dedans et il est le dehors de vous. Quand vous vous serez connu, alors vous serez connu et vous saurez que c’est vous les fils du Père Vivant. Mais s’il vous arrive de ne pas vous connaître,

alors vous êtes dans la pauvreté, et c’est vous la pauvreté. »

La tradition, le retour aux sources, le travail sur soi, c’est tout ce qui nous reste si nous cherchons le Royaume de Dieu. .

Le passage du christianisme pendant la colonisation a laissé des marques indélébiles, de sorte que le nombre d’Africains qui embrassent la croix du « Christ » ou qui crient son nom dans les églises dépassent de loin celui de ceux qui reconnaissent les réalités traditionnelles et les sollicitent. Ignorance ou naïveté ?

Ignorance, oui.

Naïveté, oui.

Mais surtout tartuferie.

Je vous raconte l’histoire d’un homme prétendument chrétien qui ne comprend pas pourquoi il ne goûterait pas au fruit défendu comme tout pécheur et attrape l’une de ses maladies sexuellement transmissibles. Son mal est si dérangeant qu’il ne peut plus mettre de petite culotte : son phallus est si énorme qu’il dispute l’espace à ses deux pieds. C’est qu’il aime bien être humble devant la chair fraîche des fidèles (je n’ai pas demandé s’il y en a de mariées ; là me revient à l’esprit l’hypocrisie cléricale illustrée dans Sodoma : Enquête au cœur du Vatican de Frédéric Martel). Après le tour de ce qu’un croyant de son rang peut avoir, il descend chez un guérisseur traditionnel avec plus de millions qu’un homme qui a fait vœu de charité ne peut avoir. On lui promet guérison mais l’oblige à des rituels diurnes chez le Vodun To Lègba. Les cérémonies durent environ quelques semaines, le temps de venir régulièrement voir le guérisseur et boire des tisanes ; les unes sont aussi fortifiantes que les autres sont fallacieuses. A l’issue du traitement, il s’en sort heureux. Mais savez-vous que cet homme est l’un de ceux qui ne peuvent jamais dire dans leurs homélies que le Vodun est bon et sauve comme Jésus est bon et sauve ? On m’apprend que pour le soulager de son mal, on peut le faire à trois ou quatre euros, au plus… On a peut-être cherché à le punir de mépriser le Vodun, la croyance de chez lui, voire l’escroquer ! La vérité est que tout est une question de connaissance et le prix qui l’accompagne n’est que de vanité, cupidité…

La plupart des prétendus chrétiens que je rencontre n’ont pas le temps de lire la Bible par eux-mêmes. Or même si l’on a le temps, il faudra des outils d’herméneutique qu’ils ne veulent souvent pas avoir.
En réalité, il y a un grand fossé entre le Christ et le christianisme. Et la colonisation n’est qu’un prétexte pour valoriser l’ignorance, la naïveté et surtout la tartuferie du colon et du colonisé.

Daté Barnabé-Akayi à l’occasion d’une rencontre internationale de poètes en Chine

La plupart de ceux qui se réfugient à l’Église craignent leurs parents qui ont des connaissances occultes. Pensez-vous qu’il y a des détenteurs de ces sciences de nos religions endogènes qui sont remplis de mauvaise foi ?

Hélas, oui !

Les sciences de nos religions endogènes sont comme toutes sciences : elles obéissent à leurs maîtres.

De mon point de vue, ce qui tue la religion, qu’elle soit importée ou endogène, ce n’est pas Dieu. Ce qui tue la religion, c’est l’homme ignorant, c’est le prêtre hypocrite, c’est le fidèle malveillant. Aucune religion n’est mauvaise, en soi. Les lois religieuses sont toutes belles et amoureuses de la Vertu. Mais l’histoire des religions n’épargne aucune barbarie, aucun fanatisme : on cite souvent la croisade, l’inquisition ou le Djihad (au sens péjoratif).

Olympe Bhêly-Quenum, dans L’initié, montre la bipolarité de l’homme qui manipule les forces du Vodun. Djahu, dans « Tobi, la dame du couvent », a hélas dû manipuler connu la binarité de cette science. D’ailleurs, le Professeur Emérite Adrien Huannou, dans son dernier ouvrage Introduction à la littérature béninoise, en traitant « l’ambivalence des savoirs et des religions endogènes », en apporte la clarification :

« Ce que Olympe Bhêly-Quenum, Fernand Nouwligbéto et Florent Couao-Zotti ont prouvé par les actes de leurs personnages, le narrateur de la dernière nouvelle de L’affaire Bissi de Daté Barnabé-Akayi se charge de le théoriser en ces termes :

« Toutes les forces, au point de départ, sont neutres. C’est l’homme qui leur donne un sens, une direction, une intensité… Elles deviennent alors positives, négatives, colinéaires, orthogonales, obliques… selon l’usage qu’il en fait. ».

Il y a quand même la catégorie de ceux qui louent publiquement Jésus Christ et sollicitent discrètement le voduns à travers le Bokónon. Le syncrétisme n’est-ce pas de l’hypocrisie ?

Non. Il faut nuancer : le syncrétisme opéré dans l’ombre est de l’hypocrisie tandis que le syncrétisme revendiqué et assumé ne l’est pas si l’on part du postulat qu’aucune religion n’a de Dieu plus puissant ni différent que l’autre.

Mais à parler franc, toutes les religions sont syncrétiques. Le christianisme a subi plusieurs apports extérieurs de sa création jusqu’à nos jours. L’Eglise catholique, par exemple, au Bénin, s’offre des chants et des danses (donc des louanges), puisées du patrimoine Vodun. J’éviterai d’aller loin.

Considérant ce monde de rapport de forces, où personne ne te considère si tu ne fais pas peur par tes armes nucléaires, dans une discussion entre collègues et amis, il y a quelques jours, on se demandait s’il serait peut-être salvateur pour l’Afrique de sortir officiellement ses muscles à la face du monde avec ses pratiques traditionnelles. Cela est-il envisageable selon vous ?

Vous plaisantez, présumé-je !

Il faut que nous cessions de croire que nous sommes les seuls à avoir des pratiques traditionnelles. Lorsque vous suivez des séries britanniques comme Merlin ou Stan’s Lee Lucky Man ou de séries américaines de dessins animés comme Avatar, ou nipponnes comme Naruto, avez-vous le sentiment qu’il manque de pratiques traditionnelles ?

Parlons des Béninois. Pensez-vous que la performance d’Angelique Kidjo avec ses différents Grammy Awards ne vienne pas d’un travail perpétuel et d’un désir de mieux faire ? Chanter devant maints Présidents et Autorités importantes du monde peut-il se faire sans une maîtrise de soi ? Et Djimon Hounsou, croyez-vous que son ascension à Hollywood manque de sacrifice et de persévérance pour quelqu’un qui s’est, très jeune, retrouvé à Lyon sans réussir dans les études ? Et Bertin Nahum, classé, en 2012, quatrième entrepreneur high-tech le plus révolutionnaire du monde par une publication de la revue canadienne Discovery Series17, derrière Steve Jobs, Mark Zuckerberg et James Cameron ?

Quand, à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), les supporteurs béninois ont commencé par brandir des gris-gris de toutes sortes sur la toile, en guise d’encouragements, avez-vous vu comment les Ecure uils ont remporté la coupe, en s’arrêtant en quart de finale devant les Lions de la Teranga ?

Il faut que nous cessions de sous-estimer nos adversaires.

Nous ne ferons peur à personne en brandissant des « pratiques traditionnelles ».

Nous ne croyons pas au travail, au sacrifice, à la persévérance.

Ma compréhension des « pratiques traditionnelles » ne va pas sans le travail, le travail acharné, l’amour du travail et le travail de l’amour. Je l’ai déjà dit, amplement quand j’abordais la notion de « Tradition » en citant Jean-Marc Font.

Il faut que nous autres Africains, nous nous prenions au sérieux pour que dans le monde, nous soyons respectés car dans l’état actuel des considérations, nous n’imposons pas dans le monde le respect. J’ai suivi une vidéo que LaRéus Gangoueus m’a envoyée. Le témoin, un Guinéen résidant en Chine, a été clair (« quand un Chinois te dit étranger, il sous-entend Noir ») : il y avait d’autres continents en Chine mais c’est le continent africain qui est méprisé. A la vérité, nous méritons ce mépris : comment les Africains eux-mêmes sur le continent africain se comportent-ils envers eux-mêmes ? Nous avons du travail à faire et éviter d’inspirer la pitié et la mendicité vis-à-vis des autres. Nous devons travailler comme les Chinois et inspirer le respect. Seul le travail libère : l’Afrique n’est pas encore indépendante et visiblement, elle est heureuse d’être ainsi qu’elle souffre.

Je vois moins le racisme. Je vois plutôt le fruit de notre paresse. Il nous faut travailler car naguère, même la Chine a été la risée du monde entier !

Aujourd’hui, le monde entier est frappé et tenu en respect par une crise sanitaire due à un virus appelé Covid-19. Si cela ne fait pas d’hécatombe en Afrique, il y a quand même des cas. L’Afrique a-t-elle besoin d’attendre l’Europe, l’Asie et l’Amérique pour en venir à bout du coronavirus selon vous ?

De la réponse précédente, on doit voir que nous n’avons pas à chercher l’assistance toute notre vie.
Et le Président malgache semble l’avoir compris, qui a présenté au monde entier son remède miracle de Covid Organics, une boisson faite à base d’Artémisia et de différentes plantes endémiques de Madagascar.
On peut émettre des réserves comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Parce ce que les principes actifs de ces plantes seraient plus connus pour lutter contre le paludisme. N’est-ce pas ce que faisait la chloroquine avant que le Professeur Didier Raoult (aussi contesté) ne l’utilise pour éradiquer le Covid-19 à Marseille ? Or le souci du Président Andry Rajoelina semble d’avoir zéro mort lors du bilan de la pandémie du Covid-19 dans son pays. Va-t-on lui reprocher de chercher à protéger sa population ? Mon rêve est que l’avenir ne lui donne pas tort.

Pour revenir au Bénin et à l’effort du Professeur Valentin Agon, je crois qu’il lui faut une équipe plus organisée. J’ai le sentiment qu’il ne cherche pas à maîtriser les rouages de l’industrie pharmaceutique. Avoir six distinctions n’est pas un argument suffisant pour s’imposer dans ce domaine de haut capitalisme. C’est un peu comme au tribunal, on peut avoir raison mais faute de procédure ou de chefs d’accusation adéquats, passer à côté. Quand je revois comment son dossier est traité au Burkina Faso avec des témoignages laudatifs suivis de démentis, quoi qu’on dise, on aura beau être nationaliste, le protocole est biaisé.

Moi, je crois en ses produits et je n’ai pas attendu le coronavirus pour consommer son Api-palu. C’était dans les années 2000. A l’époque où ça se faisait en sirop au goût de miel. Son Apivirine, je ne puis en dire autant car je n’ai jamais souffert d’insuffisance immunitaire grave. Cependant je lui prête foi.

Quand j’ai entendu sur RFI le dimanche 19 avril 2020 dire qu’il était prêt à envoyer 10 boîtes d’Apivirine à chacun 54 pays africains, j’ai compris davantage qu’il manquait d’équipe organisée. Je ne pense pas que les essais cliniques s’opèrent ainsi, même dans une période de catastrophe. Il dit être soutenu du gouvernement béninois. Il aura besoin de milliards de nos francs et des spécialistes de toutes sortes. Qu’on le soutienne au-delà de nos disponibilités étatiques. Je veux dire, si le Chef d’Etat, Son Excellence Monsieur le Président Patrice Talon peut, à titre privé (et même à perte ; suis-je utopiste ?), investir dans les efforts pharmaceutiques du Professeur Agon, la Nation lui en sera gré. A moins qu’il ait ses propres mécènes.

En attendant, respectons les gestes barrières car de mon point de vue, le Covid-19 peut être vaincu.
Mais soyons francs : quand ce mal va perdurer sans véritable remède miracle, l’Afrique risquera beaucoup.

Ce 23 avril consacre la journée mondiale du livre et du droit d’auteur. En tant qu’auteur simplement mais aussi un auteur dont des ouvrages sont étudiés, qu’avez-vous à dire à l’occasion de cette journée ?

Mon mot est GRATITUDE, à toutes et à tous.

Beaucoup de courage à tous les auteurs emprisonnés.

Que ceux qui sont morts assassinés sachent qu’ils sont plus immortels que les académiciens et que d’autres continuent le Combat de la Liberté.

Une pensée spéciale à tous les écrivains qui ne peuvent pas vivre de leurs droits d’auteur.

Merci pour votre disponibilité !

Journaliste - Écrivain, communicant culturel. Fondateur du Groupe AWALE AFRIKI

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *