Invitée à Bamako dans le cadre de la rentrée littéraire 2020 du Mali qui s’est tenue du 18 au 22 février, l’écrivaine Leonora Miano aurait déçu les hommes des médias. Le blogueur Issouf Koné, à travers cette lettre ouverte, exprime sa déception vis-à-vis de celle qu’il admirait tant. Il explique pourquoi.

Madame,

Vous avez fait lever les sourcils à bon nombre de personnes, le 19 février dernier au Musée national du Mali, à Bamako. C’était dans le cadre du lancement de la rentrée littéraire du Mali, lorsque vous avez, avant de commencer votre lecture, demandé aux journalistes d’arrêter de filmer. Un seul motif : « Je n’aime pas ! ». Le ton de votre voix exprimait un rapport de force. Il y avait dans vos propos comme une envie de trancher avec les formats habituels, si j’ose le dire. Les caméramans, honteusement, ont obéi. La déception se lisait sur leurs visages. Des murmures se sont élevés avant de s’estomper au début de votre lecture.

Cet épisode suivait un autre que vous nous avez fait subir le jour précédent au restaurant La Gare, à Bamako. Si l’intention n’était pas mauvaise, la manière, hélas, l’a été. De la salle où vous animiez un atelier d’écriture, vous avez renvoyé les blogueurs et les journalistes pour le même motif : vous ne vouliez pas être filmée, car cela vous gêne.

Ce jour-là, après les  « Qui êtes-vous ? », « Que voulez-vous ? », suivis des « Prenez juste des photos, pas de vidéos, pas de sons », vous êtes passée à du « Sortez ! Laissez-nous travailler tranquillement. Allez, vite ! » Comme si nous aussi n’étions pas là dans le cadre de notre travail. Comme nous traînions nos pas, animés par l’intention de négocier, vous avez jugé nécessaire de vous lever de votre siège pour que, plus vite, nous dégagions !

Personnalité publique

Nous n’étions pourtant là que sur invitation des organisateurs. Que vous soyez en désaccord avec eux sur la raison de notre présence ne vous autorisait pas à nous parler ainsi. C’est à eux qu’il fallait faire des reproches. Or, ainsi, c’est nous qui avons subi votre indignation. Il est toujours plus aisé de s’en prendre à ceux qui essaient d’informer qu’à ceux qui vous flattent et servent au passage votre notoriété en vous invitant. Bien que je vous admire pour votre travail, l’enchantement que cela m’a fait de vous voir, hélas, n’a eu que la durée de vie d’une étincelle.

Je suis désolé de vous le dire ainsi, mais le droit à l’image saute quand le droit à l’information est de rigueur. Nous ne nous permettrions jamais, pour rien au monde, de vous filmer, par exemple, dans la rue ou chez vous à la maison, sans votre consentement. En tant que personnalité publique, femme de lettres reconnue et donc modèle pour les plus jeunes, vous êtes invitée dans le cadre d’un évènement très important pour le Mali, pour l’Afrique. La question de votre accord avant d’être filmée ou pas ne semble pas se poser. Car, en acceptant l’invitation pour cet évènement grand public, ce festival littéraire, vous donnez cet accord.

 « Je ne vous en veux pas »

Vous n’aimez pas vous faire filmer ? Il existe pourtant des vidéos de vous, par dizaines sur Internet. Ne nous amenez pas à penser que vous vous êtes permis ici des choses que vous n’oseriez jamais faire en Europe, chère madame.

Elle est où, finalement, l’idée du partage avec l’Afrique que vous clamez tant ? Quelle relation construire avec sa jeunesse que vous aimeriez sûrement voir aller de l’avant, si vous refusez que les journalistes vous filment afin que ceux qui n’ont pas eu la chance d’être à l’évènement puissent profiter de votre partage d’expériences ?

Vous auriez dû simplement refuser l’invitation ! Ainsi, nous ne vous aurions même pas rencontrée, à plus forte raison « vous emmerder » comme vous nous l’avez sorti texto au restaurant La Gare.

Je ne vous en veux pas. Il ne s’est passé que ce que les organisateurs de la rentrée littéraire du Mali ont permis. Je n’en suis pas moins déçu. Merci.

©Photo : Wikipedia

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