A Paris du 14 au 20 septembre 2020, l’exposition « Spirits Rising » a présenté les artistes béninois et haïtiens Rafiy Okefolahan, Aurel Yahouedeou, et Egzo. Avec trois techniques différentes et la thématique du Vaudou en commun, cette exposition a connu la visite de plusieurs personnalités des milieux culturels et politiques français, de béninois vivant en France et de curieux. Les prochaines étapes sont Cotonou, dès novembre prochain, et Londres en 2021. Dans cet entretien, Dieudonné Alley, Curateur de ladite exposition, Fondateur et Directeur d’Ezuli Art nous parle du projet.

L’exposition « Spirits Rising » (Ascension des Esprits), présente des œuvres de trois artistes dont le travail emprunte au Vaudou. Que peut-on savoir de ce projet de manière plus explicite ?

Ce projet date du 10 janvier 2020, jour de la Fête Nationale du Vaudou au Bénin. À la vue des merveilleuses images des différentes cérémonies Vaudou, relayées par les réseaux sociaux, je me suis dit que ce sujet méritait d’être abordé davantage. C’est ainsi que j’ai proposé à mes associés d’organiser une exposition sur le culte vaudou. Ils ont immédiatement été séduits par l’idée.

Parlons des artistes !

Pour les artistes, il me tenait particulièrement à cœur de ne pas me contenter de choisir uniquement des artistes béninois, mais d’y associer aussi des artistes de la diaspora africaine.

Je connaissais Rafiy Okefolahan et son formidable travail dédié aux rites béninois. Un an auparavant, j’étais à son exposition « Chimère » organisée par la Galerie Lazarew. J’ai été immédiatement fasciné par son usage sans concessions des couleurs vives. C’était audacieux ! C’est le premier artiste auquel j’ai pensé pour l’exposition.

Aurel Yahouedeou est l’un des artistes de l’Agence Erzuli Art. Je connaissais ses questionnements identitaires notamment en ce qui concerne l’histoire du Bénin, ses cultures, ses traditions et aussi ses contes et légendes. Il me semblait intéressant d’inclure ces questionnements dans l’exposition.

Enfin j’ai découvert récemment Egzo. La singularité de sa démarche artistique, doublée de ses origines haïtiennes qui influencent fortement ses créations, ne pouvaient me laisser indifférent.

Ces trois artistes ont donc accepté de représenter ce que leur inspirait le culte vaudou. Au départ, nous avions voulu appeler l’exposition « Voodoo Child » comme le célèbre titre de musique de Jimi Hendrix sorti en 1970. Mais, finalement, nous avons préféré le titre “Spirits Rising”. C’est le titre d’un album de musique d’Angélique Kidjo sorti en 2012.

Rafiy et Jean Guion, membre de l’académie française des sciences d’outremer et président de l’Alliance Francophone au vernissage, © Gopal Amah ErzuliArt

C’est aussi un titre qui est inspiré de l’état dans lequel se trouve les adeptes vaudou lorsqu’ils communient ou sont possédés par les divinités qu’ils adorent. Ils semblent, en ces moments-là, n’être présents que de corps. Leurs esprits semblent absents comme s’ils s’affranchissent du corps pour rejoindre le panthéon vaudou.

Cette exposition réunit deux artistes béninois et un artiste haïtien, appartenant tous à la diaspora afro-caribéenne. Mais s’ils ont pour thématique commune le vaudou, ils ont surtout trois différentes techniques de travail très personnelles ! Quel message ou quelle idée sous-tend ce rapprochement ?

Vous avez raison ! Même si le dénominateur commun des œuvres de ces trois artistes est le Vaudou, ils ont chacun leurs propres démarches artistiques. Il existe, entre ces artistes, plusieurs fossés dont le fossé générationnel est le plus perceptible : Aurel Yahouedeou n’est âgé que de 26 ans, alors que Rafiy et Egzo sont respectivement âgés de 41 et 40 ans.

Cela se ressent aisément dans les techniques !

Les œuvres d’Aurel sont créées à partir d’un ordinateur et empruntent des traits à l’univers des Marvels. Elles sont figuratives et mixent peinture digitale et photographie.

Celles d’Egzo et de Rafiy, même si elles sont semi-figuratives, suivent un académisme contemporain auquel on est plus habitué dans le monde de l’art.

Egzo fait du collage et de la peinture, sur papier ou sur des supports recyclés tel que les cartons de pizza… Rafiy fait de la peinture sur toile à partir d’acrylique et de marc de café. Malgré cette disparité dans les techniques, ces artistes partagent des influences convergentes dans leur processus de création.

On le ressent à travers les sujets abordés dans les œuvres et aussi à travers le choix des pigments. Il est ainsi aisé de retrouver dans les œuvres des trois artistes, la couleur ocre qui rappelle étrangement la couleur de la terre au Bénin, le symbole de l’enracinement dans les us et coutumes. Mon objectif n’est pas de prioriser la communauté de techniques, mais plutôt la communauté des influences.

On peut même étendre la réflexion au choix du « performeur » invité lors du vernissage. Il s’agissait du chorégraphe et danseur Nunoy Van Den Burgh, hollandais d’origine philippine, chrétien et pourtant inspiré par les transes vaudou. Il a pu réaliser, lors du vernissage, une chorégraphie digne des transes rituelles telles qu’on en trouve dans la Santeria, le Candomblé, le vaudou haïtien ou le vaudou béninois.

Ce qui m’intéressait c’était de démontrer le rôle de trait d’union joué par le vaudou entre l’Afrique et le reste du monde.

Quelles sont les perspectives de ce projet ?

Le projet a rencontré un franc succès, bien au-delà de nos attentes. Lors du vernissage, notre petite galerie s’est retrouvée très vite submergée avec une centaine de personnes présentes. Dans la situation actuelle liée au Covid 19, c’était inespéré. Nous avons reçu plusieurs personnalités des milieux culturels et politiques français. Certaines venues par simple curiosité, ont affirmé avoir beaucoup appris des œuvres des trois artistes. C’est une bonne nouvelle pour nous, puisque nous ne voulions pas faire une exposition où l’intérêt des œuvres se limiterait à leurs qualités plastiques.

De la droite vers la gauche, le député Patrice Anato son épouse, le curateur Dieudonné Alley et l’artiste Rafiy, © Gopal Amah ErzuliArt

Nous voulions que les gens apprennent en même temps des choses sur le culte Vaudou en venant à cette exposition. Sans rentrer dans du prosélytisme, c’est notre manière à nous de participer à la déconstruction des clichés et à la décolonisation des esprits.

Le succès de cette exposition ne s’arrêtera pas à Paris. Puisqu’elle sillonnera d’autres villes. L’exposition sera à Cotonou en novembre prochain et à Londres en 2021.

A part l’exposition « Spirits Rising », notre agence présentera chaque trimestre une nouvelle exposition en lien avec l’Afrique ou sa diaspora. A ce titre nous exposerons en février 2021 la photographe algérienne Lola Khalfa.

Forte présence de la communauté béninoise, © Gopal Amah

Pourriez-vous présenter Erzuli’Art la structure qui organise cette exposition ?

Erzuli’Art est une agence de promotion et de commercialisation des œuvres d’art contemporaines en lien avec l’Afrique ou sa diaspora.

Nos activités se déclinent en évènementiels (notamment par l’organisation d’exposition), en leasing d’œuvres d’art et en commercialisation des œuvres de nos artistes, via notre plateforme erzuliart.com.

Nous sommes également une agence de représentation d’une vingtaine d’artistes de diverses nationalités.

Depuis notre création, il y a deux ans, nous avons exposés des artistes à la Biennale de Dakar, au Bénin et à Paris. Nous avons de nombreux projets pour l’année prochaine. Il y a tant d’artistes talentueux qui attendent juste qu’on leur accorde l’opportunité de faire leur preuve. C’est la raison d’être de notre agence !

Journaliste - Écrivain, communicant culturel. Fondateur du Groupe AWALE AFRIKI

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